Avant d'ouvrir une œuvre du programme, il faut savoir avec quoi la lire. Cette première leçon pose le décor de l'année — l'EAF, ses quatre objets d'étude — puis met en main les outils d'analyse de base, testés sur un texte court de Rimbaud.
L'EAF (épreuves anticipées de français) comprend un écrit en juin et un oral en fin d'année. Les deux s'appuient sur quatre objets d'étude ; ton professeur choisit une œuvre par objet parmi une liste nationale de trois.
XIXᵉ – XXIᵉ siècle. Rimbaud, Ponge ou Dorion selon le choix du professeur.
Moyen Âge – XXIᵉ siècle. Chrétien de Troyes, Zola ou Schwarz-Bart cette année.
XVIIᵉ – XXIᵉ siècle. Un texte de théâtre étudié en scène autant qu'en page.
XVIᵉ – XVIIIᵉ siècle. L'art d'argumenter, hérité des Lumières.
Six notions reviennent dans presque toutes les analyses, quel que soit le texte. Les fixer maintenant, c'est gagner du temps sur toute l'année.
Énonciation
Qui parle ? À qui ? Depuis quand, quel endroit ? Répondre à ces questions avant tout commentaire évite les contresens.
→ je / tu / ici / maintenant
Registre
La tonalité dominante d'un texte : lyrique (les sentiments), épique, tragique, comique, pathétique, polémique…
→ lyrique, satirique, épique…
Métaphore
Une image sans outil de comparaison : on identifie deux réalités l'une à l'autre directement.
→ « le ciel était une auberge »
Comparaison
Même principe que la métaphore, mais avec un outil visible : comme, tel, pareil à…
→ « comme des lyres »
Personnification
Une réalité abstraite ou un objet reçoit des attributs humains.
→ la Muse qu'on suit comme un chevalier
Antithèse
Deux termes ou idées opposés placés côte à côte pour créer un contraste marqué.
→ misère matérielle / richesse rêvée
« Ma Bohème » ouvre le Cahier de Douai de Rimbaud, l'une des œuvres possibles pour l'objet d'étude poésie cette année. Clique sur un repère numéroté dans le texte : la note correspondante s'éclaire dans la marge.
Ma Bohème
(Fantaisie) — Arthur Rimbaud, Cahier de Douai, 1870
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées1 ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal2 ;
Oh ! là ! là !3 que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
— Petit-Poucet rêveur4, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse5.
— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques6
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !
↑ clique un repère dans le poème
Le dénuement matériel s'affiche dès le premier vers (poches crevées) : la misère réelle sera transfigurée par l'imaginaire tout au long du poème.
Rimbaud s'adresse à la Muse comme à une dame courtoise : vocabulaire médiéval (« féal ») détourné avec ironie par un adolescent vagabond.
Une interjection très familière s'invite dans un vers noble : l'humour et la désinvolture, marques de fabrique du Rimbaud de 16 ans.
Allusion au conte de Perrault : comme le Petit Poucet semait des cailloux, le poète sème des rimes sur la route.
Le ciel étoilé devient un refuge pour la nuit : la pauvreté matérielle se change en hospitalité cosmique.
Les chaussures usées, tendues comme des cordes, deviennent un instrument : jusqu'au bout, la misère se change en musique.
On ouvrira le premier objet d'étude en profondeur : le parcours associé, la place du recueil dans l'œuvre de Rimbaud, et une deuxième explication linéaire guidée.