Philosophie · Terminale générale · Leçon 3 / 17 · La liberté
Ψ Leçon 3 · Notion du programme

Qu'est-ce qu'être libre ?

Nous avons tous le sentiment de pouvoir choisir : décider d'une orientation, accepter ou refuser une proposition, changer d'avis, agir ou ne pas agir. Mais ce sentiment suffit-il à prouver que nous sommes réellement libres ? Si nos désirs ont des causes, si notre éducation nous influence, si notre société nous impose certaines règles et si notre inconscient agit sur nous, sommes-nous véritablement maîtres de nos choix ?

01 · Entrer dans le problème

Être libre, est-ce simplement faire ce que l'on veut ?

La liberté paraît d'abord évidente. Si personne ne m'empêche de sortir, de parler, de choisir mes études ou de changer de métier, je peux avoir le sentiment d'être libre. Pourtant, cette première définition soulève immédiatement plusieurs difficultés. Pour comprendre la liberté, il faut notamment distinguer ce que je peux faire, ce que je veux faire et ce que je décide réellement de faire.

Le paradoxe de départ

« Je fais ce que je veux, donc je suis libre. »

Cette phrase semble parfaitement logique. Pourtant, elle contient déjà une difficulté : suis-je libre simplement parce que je peux faire ce que je veux ?

Pour répondre, il faudrait savoir d'où vient ce que je veux. Si mon désir est lui-même produit par mon éducation, mon environnement, mes habitudes, mon histoire personnelle ou des mécanismes psychologiques dont je n'ai pas conscience, puis-je encore dire que je suis totalement à l'origine de mon choix ?

Première question :
Est-ce que la liberté consiste à pouvoir faire ce que l'on veut, ou consiste-t-elle à être véritablement l'auteur de ce que l'on veut ?
02 · Définitions fondamentales

Les mots à maîtriser

Avant d'étudier les philosophes, il faut savoir précisément ce que signifie le vocabulaire utilisé dans une dissertation.

Liberté

Capacité de se déterminer soi-même et d'agir selon sa volonté, sans être soumis à une contrainte qui empêcherait nécessairement l'action.

→ pouvoir choisir et agir.

Contrainte

Force qui limite ou empêche les possibilités d'action d'un individu.

→ prison, violence, menace...

Volonté

Faculté de se déterminer à agir à partir d'une décision.

→ décider puis agir.

Choix

Décision par laquelle un individu retient une possibilité parmi plusieurs possibilités.

→ choisir A plutôt que B.

03 · Première distinction

Liberté et absence de contrainte

La première conception spontanée de la liberté consiste à penser que je suis libre lorsque rien ni personne ne m'empêche d'agir. Cette conception est importante, mais elle n'est pas suffisante.

Liberté comme absence d'obstacle

Je suis libre lorsque personne ne m'empêche physiquement ou juridiquement de réaliser une action. La liberté signifie ici : ne pas être empêché.

Liberté comme autonomie

Je suis libre lorsque je peux véritablement me déterminer moi-même. La question devient alors : suis-je l'auteur de mes propres décisions ?

À retenir pour le Bac

Être libre de faire quelque chose et être libre de vouloir quelque chose sont deux problèmes différents.

04 · Attention à la confusion

Être libre ne signifie pas faire n'importe quoi

Il serait tentant de définir la liberté comme l'absence de toutes les règles. Selon cette conception : « Je suis libre si personne ne m'interdit rien. » Mais cette idée rencontre rapidement une objection.

LIBERTÉ ABSOLUE

« Je fais ce que je veux »

Aucune règle ne limite mon comportement.

→ liberté individuelle maximale

PROBLÈME

Et les autres ?

Si ma liberté me permet de faire tout ce que je veux, je peux aussi empêcher les autres d'exercer leur propre liberté.

→ conflit des libertés

EN SOCIÉTÉ

Des règles communes

Certaines règles limitent mes actions afin de garantir à chacun un espace de liberté.

→ liberté civile

Exemple :
Le feu rouge m'empêche momentanément de traverser. Pourtant, cette règle permet à tous les conducteurs de circuler ensemble sans que chacun fasse absolument ce qu'il veut.
05 · Le problème philosophique

La liberté a-t-elle besoin de limites ?

Nous découvrons donc un premier paradoxe. Une absence totale de contraintes pourrait sembler être la forme maximale de liberté. Mais si chacun pouvait absolument tout faire, les libertés des individus entreraient immédiatement en conflit.

Hypothèse 1

Plus il y a de règles, moins nous sommes libres.

Hypothèse 2

Certaines règles sont nécessaires pour que la liberté de chacun soit possible.

La question n'est donc pas seulement : « Combien de règles avons-nous ? »

Il faut aussi demander : « Ces règles sont-elles légitimes et rendent-elles possible l'autonomie ? »
06 · Premier philosophe

Rousseau : comment rester libre en société ?

Jean-Jacques Rousseau

1712 — 1778 · Philosophie politique

Rousseau part d'un problème fondamental : comment vivre avec les autres sans perdre sa liberté ?

Si chacun fait uniquement ce qu'il veut, les individus peuvent entrer en conflit. Mais si un individu est soumis à la volonté arbitraire d'un autre, il n'est plus véritablement libre.

Pour Rousseau, le problème politique consiste donc à construire une société dans laquelle l'obéissance à la loi ne signifie pas nécessairement la perte de la liberté.
Secondaire · Pour aller plus loin

Rousseau sera étudié plus précisément dans une partie consacrée à la liberté politique. Pour l'instant, retiens surtout le problème : comment obéir à des règles sans devenir l'esclave de la volonté d'un autre ?

07 · Question directrice
LEÇON 3 · LA LIBERTÉ · PARTIE 1 / 10 TERMINÉE
08 · Le problème du déterminisme

Et si nos choix étaient déjà déterminés ?

Jusqu'ici, nous avons supposé que lorsque nous choisissons, nous sommes à l'origine de notre décision. Mais cette évidence peut être remise en question. Une décision semble libre lorsque nous avons l'impression que plusieurs possibilités s'offrent à nous. Pourtant, si notre choix possède nécessairement des causes qui l'ont produit, peut-on encore parler de liberté ?

Expérience de pensée

« Pourquoi ai-je choisi cela ? »

Imagine que tu dois choisir entre deux restaurants. Tu choisis le premier.

On pourrait dire : « Tu as choisi librement. »

Mais réfléchissons davantage.

Ton histoire

Tu as peut-être l'habitude d'y manger depuis ton enfance.

Tes goûts

Tu préfères naturellement le type de nourriture proposé par ce restaurant.

Ton environnement

Tes proches t'ont peut-être recommandé cet endroit.

Ta situation

Le premier restaurant est peut-être moins cher ou beaucoup plus proche.

Question :
Si l'on pouvait connaître toutes les causes qui expliquent ta décision, pourrait-on prévoir ton choix avant même que tu ne le fasses ?
09 · Définition

Qu'est-ce que le déterminisme ?

Le déterminisme est l'idée selon laquelle tout événement possède des causes qui permettent de l'expliquer.

Appliqué à l'être humain, le déterminisme signifie que nos comportements et nos décisions peuvent dépendre de facteurs qui nous précèdent : notre corps, notre histoire, notre éducation, notre environnement ou encore notre psychologie.

Attention · Distinction importante

Le déterminisme ne signifie pas nécessairement que quelqu'un nous force à agir. Il signifie plutôt que notre action pourrait avoir des causes nécessaires, même lorsque nous avons l'impression d'agir spontanément.

10 · Ne pas confondre

Contrainte et déterminisme : ce n'est pas la même chose

Cette distinction est essentielle dans une dissertation. Une contrainte est généralement identifiable : quelqu'un ou quelque chose m'empêche directement d'agir. Le déterminisme pose une question beaucoup plus profonde : mes actions peuvent-elles être causées même lorsque rien ne semble m'empêcher de choisir ?

Contrainte

Je veux sortir de chez moi, mais quelqu'un m'enferme à clé.

Je veux faire X, mais je ne peux pas.

Déterminisme

Je peux sortir de chez moi, mais mon choix lui-même possède peut-être des causes dont je n'ai pas conscience.

Je peux faire X, mais pourquoi ai-je voulu X ?
11 · Philosophe majeur

Spinoza : nous nous croyons libres parce que nous ignorons les causes qui nous déterminent

Baruch Spinoza

1632 — 1677 · Éthique

Spinoza propose une critique radicale de notre conception spontanée de la liberté.

Selon lui, nous avons tendance à nous croire libres parce que nous sommes conscients de nos actions et de nos désirs.

En revanche, nous ne connaissons pas toujours les causes qui ont produit ces désirs.

Nous savons souvent ce que nous voulons , mais nous ne savons pas nécessairement pourquoi nous le voulons.
ÉTAPE 1

Je désire

Je ressens un désir et j'en ai conscience.

ÉTAPE 2

Je choisis

J'agis conformément à ce désir.

ÉTAPE 3

Mais pourquoi ?

Je ne connais pas nécessairement toutes les causes qui expliquent mon désir.

Idée essentielle de Spinoza

Notre sentiment de liberté peut être une illusion produite par notre ignorance des causes qui déterminent nos actions.

Exemple classique :

Imagine une pierre lancée dans les airs. Si cette pierre pouvait penser, elle pourrait croire qu'elle vole parce qu'elle le veut. Pourtant, son mouvement est déterminé par des causes qu'elle ignore.

Spinoza utilise cette image pour montrer que l'être humain peut lui aussi avoir conscience de ses actions sans connaître les causes qui les déterminent.
À savoir · Formulation utilisable au Bac

Pour Spinoza, prendre conscience de son désir ne suffit pas à être libre. La véritable liberté suppose de comprendre les causes qui nous déterminent afin de ne plus les subir aveuglément.

Secondaire · Approfondissement

Chez Spinoza, la liberté ne consiste donc pas à être une cause absolument indépendante de tout. Elle consiste plutôt à comprendre la nécessité et à agir à partir de ce que nous sommes réellement. Cette idée sera reprise plus loin dans la leçon lorsque nous étudierons la différence entre liberté et libre arbitre.

12 · Schéma à retenir

Le raisonnement de Spinoza en une minute

1 · Je désire

Je suis conscient de ce que je veux.

2 · J'ignore

Je ne connais pas forcément les causes de mon désir.

3 · Je me crois libre

Parce que je ressens ma décision sans nécessairement connaître ce qui l'a produite.

13 · Question type Bac
LEÇON 3 · LA LIBERTÉ · PARTIE 2 / 10 TERMINÉE
14 · Le libre arbitre

Être libre, est-ce pouvoir choisir entre plusieurs possibilités ?

Le problème posé par Spinoza est radical : si chacune de nos décisions possède des causes, peut-on encore dire que nous aurions pu choisir autrement ? Pourtant, lorsque nous prenons une décision, nous avons souvent l'impression que plusieurs possibilités sont réellement ouvertes devant nous. Cette expérience conduit à une conception classique de la liberté : le libre arbitre.

Définition fondamentale

Le libre arbitre

Le libre arbitre désigne la capacité d'un individu à choisir entre plusieurs possibilités et à être véritablement à l'origine de son choix.

Dans cette conception, lorsque je décide d'agir, j'aurais réellement pu faire autrement.

Formule à retenir :
Être libre au sens du libre arbitre, c'est pouvoir dire : « J'ai choisi de faire X, mais j'aurais pu choisir de faire Y. »
15 · Une distinction essentielle

Choisir n'est pas nécessairement être libre

Le simple fait de choisir entre deux possibilités ne prouve pas encore que notre choix soit libre. Il faut distinguer plusieurs situations.

CAS 01

Choix impossible

Je voudrais sortir, mais je suis enfermé dans une pièce.

→ contrainte extérieure

CAS 02

Choix apparent

Je choisis volontairement, mais mon choix est peut-être déterminé par des causes que j'ignore.

→ problème du déterminisme

CAS 03

Libre arbitre

Je choisis entre plusieurs possibilités et je suis véritablement l'auteur de ma décision.

→ autonomie du sujet

16 · Philosophe majeur

Descartes : la volonté est-elle infiniment libre ?

René Descartes

1596 — 1650 · Méditations métaphysiques

Descartes accorde une place fondamentale à la volonté. Pour lui, l'être humain possède une capacité de vouloir et de choisir qui dépasse ce qu'il comprend immédiatement.

La volonté peut se porter sur différentes possibilités. Mais Descartes introduit une distinction essentielle : être libre ne signifie pas simplement hésiter entre plusieurs possibilités.

Pour Descartes, la liberté est particulièrement forte lorsque notre volonté est éclairée par notre raison.
La notion d'indifférence

Être indécis est-il la forme parfaite de la liberté ?

Imaginons que je doive choisir entre deux chemins, sans avoir aucune raison de préférer l'un à l'autre.

Je peux alors me sentir totalement libre : « Je peux prendre celui de gauche ou celui de droite, peu importe. »

Pourtant, pour Descartes, cette situation d'indifférence n'est pas nécessairement la forme la plus parfaite de la liberté.

Indifférence

Je n'ai aucune raison de préférer A à B. Je choisis donc presque arbitrairement.

Liberté éclairée

Je connais les raisons de mon choix et je peux volontairement suivre ce que ma raison reconnaît comme préférable.

Idée à retenir

Pour Descartes, la liberté ne consiste pas simplement à choisir sans raison. Elle peut au contraire être renforcée par la connaissance et la raison .

Schéma

Deux manières de choisir

INDÉCISION Je ne sais pas quoi choisir → je suis indifférent entre A et B.
RAISON Je comprends mieux la situation → ma volonté peut suivre ce que je reconnais comme préférable.
Attention · Erreur fréquente

Ne présente pas Descartes comme un philosophe qui affirme simplement : « Plus je peux choisir, plus je suis libre. » Sa réflexion est plus subtile : la liberté véritable est liée à l'usage de la volonté et à la connaissance.

17 · Confrontation philosophique

Spinoza contre Descartes : sommes-nous vraiment libres ?

Les deux philosophes permettent de construire une opposition particulièrement utile pour le Bac. Tous deux réfléchissent à la volonté, mais ils ne donnent pas le même sens à notre liberté.

Spinoza

Nous nous croyons libres parce que nous sommes conscients de nos désirs mais ignorons souvent leurs causes.

Problème :
Je veux quelque chose, mais pourquoi est-ce que je le veux ?

Descartes

L'être humain possède une volonté capable de se déterminer. La connaissance et la raison peuvent contribuer à une liberté plus accomplie.

Problème :
Comment utiliser correctement ma volonté pour choisir ?
Méthode · Faire dialoguer les philosophes

Au Bac, il est souvent plus efficace de montrer qu'une thèse répond à une difficulté qu'une autre thèse a mise en évidence. Ici : Spinoza remet en cause l'idée d'une volonté totalement indépendante, tandis que Descartes permet de penser la liberté à partir de la volonté et de la raison.

18 · Le paradoxe

Plus je comprends, moins je suis libre ?

Une difficulté apparaît. Si être libre signifie choisir sans être déterminé, alors connaître les causes de nos actions pourrait sembler inutile. Mais si nous sommes déterminés par des causes que nous ignorons, alors les connaître pourrait au contraire nous permettre de mieux nous comprendre et de mieux orienter notre conduite.

Vision 1

Être libre = ne dépendre d'aucune cause.

Vision 2

Être libre = comprendre ce qui nous détermine pour agir davantage par nous-mêmes.

19 · Bilan intermédiaire

Ce qu'il faut savoir après cette partie

Libre arbitre

Pouvoir choisir et être véritablement à l'origine de son choix.

Spinoza

Nous ignorons souvent les causes qui déterminent nos désirs et nos actions.

Descartes

La volonté est essentielle à la liberté ; la raison peut éclairer et perfectionner son exercice.

Question centrale

Sommes-nous libres si nos choix ont des causes que nous ne maîtrisons pas ?

LEÇON 3 · LA LIBERTÉ · PARTIE 3 / 10 TERMINÉE
20 · Liberté et inconscient

Suis-je vraiment maître de moi-même ?

Nous avons vu que nos choix peuvent être influencés par des causes que nous ne connaissons pas. Mais une hypothèse va encore plus loin : et si une partie de nous-même était inaccessible à notre conscience et influençait pourtant nos pensées, nos désirs et nos actions ? C'est le problème de l'inconscient.

21 · Une nouvelle difficulté

« Je sais ce que je fais… mais est-ce que je sais pourquoi ? »

Lorsque nous agissons, nous pouvons généralement expliquer notre comportement.

Par exemple : « Je suis allé voir cette personne parce que j'avais envie de lui parler. »

Mais cette explication est-elle toujours suffisante ?

Il existe une différence entre connaître la raison que je donne à mon action et connaître toutes les causes qui ont réellement produit cette action.
22 · Philosophe / penseur majeur

Freud : une partie de nous échappe à notre conscience

Sigmund Freud

1856 — 1939 · Psychanalyse

Freud développe une conception de l'esprit humain dans laquelle la conscience ne constitue pas la totalité de notre vie psychique.

Une partie de nos désirs, souvenirs, pulsions et représentations peut rester inconsciente.

Or cette dimension inconsciente peut exercer une influence sur nos pensées et nos comportements.

Idée essentielle

L'être humain peut donc agir pour des raisons qu'il ne connaît pas consciemment. Cela remet en question l'idée selon laquelle nous serions parfaitement transparents à nous-mêmes.

Image mentale

La conscience comme partie émergée

CONSCIENCE
ce dont j'ai conscience
INCONSCIENT
désirs · souvenirs · pulsions

Cette représentation permet de retenir une idée simple : ce dont nous avons conscience ne constitue pas nécessairement la totalité de notre vie psychique.

23 · Exemple

Les actes manqués

Freud s'intéresse notamment aux phénomènes tels que les lapsus, les oublis ou certains actes apparemment accidentels.

Prenons un exemple simple :

Je veux appeler quelqu'un « Paul », mais je prononce accidentellement le prénom d'une autre personne.

Une interprétation psychanalytique pourrait chercher à comprendre si cette erreur révèle un désir, un souvenir ou une représentation inconsciente.

Attention · À ne pas simplifier

Il ne faut pas écrire au Bac : « Tous les lapsus révèlent forcément un désir caché. » L'intérêt philosophique de l'exemple est plutôt de montrer que certaines de nos actions peuvent avoir des motivations dont nous n'avons pas conscience.

24 · Le déterminisme psychique

Et si l'inconscient influençait nos choix ?

Le problème devient alors particulièrement important pour notre réflexion sur la liberté. Si une partie de notre activité psychique est inconsciente, certains de nos choix pourraient être influencés par des motivations que nous ne maîtrisons pas.

CONSCIENCE

« Je veux X »

Je suis conscient du désir que je ressens.

INCONSCIENT

« Mais pourquoi X ? »

Des motivations inconscientes peuvent participer à la formation de mon désir.

PROBLÈME

« Suis-je libre ? »

Si je ne connais pas toutes les causes de mon choix, puis-je me considérer comme totalement autonome ?

25 · Une nouvelle conception du sujet

Le sujet n'est pas totalement transparent à lui-même

La philosophie classique pouvait donner l'image d'un sujet capable de se connaître directement : « Je pense, donc je sais que je pense. »

Freud introduit une difficulté : je peux être conscient de mes pensées, sans être conscient de toutes les forces psychiques qui orientent ces pensées.

Conséquence philosophique :

La conscience de soi ne garantit pas une connaissance complète de soi.
Pour la dissertation

Freud permet de critiquer l'idée selon laquelle être conscient de ses choix suffit pour être pleinement maître de soi.

26 · Objection

Si l'inconscient nous influence, toute liberté disparaît-elle ?

Pas nécessairement. Découvrir que nous sommes influencés ne signifie pas automatiquement que nous sommes condamnés à subir ces influences. Une nouvelle conception de la liberté devient possible : devenir plus conscient de ce qui nous détermine.

Avant la prise de conscience

Une motivation agit sur moi sans que je comprenne réellement son origine.

« Je ne comprends pas pourquoi je réagis toujours ainsi. »

Après la prise de conscience

Je peux identifier certaines motivations, réfléchir à leur origine et éventuellement modifier ma manière d'agir.

« Maintenant que je comprends mieux, je peux essayer d'agir autrement. »
Secondaire · Nuance

La psychanalyse ne transforme pas mécaniquement l'individu en sujet parfaitement libre. L'intérêt de cette approche est surtout de montrer que la liberté peut supposer un travail sur soi et une meilleure compréhension de ses déterminations.

27 · Carte mentale

De Spinoza à Freud : deux critiques de la liberté spontanée

Spinoza

Nos désirs et nos actions ont des causes que nous ne connaissons pas toujours.

Freud

Une partie de notre vie psychique est inconsciente et peut influencer nos comportements.

Point commun

Nous ne sommes pas nécessairement transparents à nous-mêmes.

Conséquence

Comprendre ce qui nous détermine peut devenir une condition importante de notre autonomie.

28 · À retenir pour le Bac

Les 5 idées essentielles

L'essentiel

  • La conscience ne représente pas nécessairement toute notre vie psychique.
  • Freud pense l'existence d'un inconscient pouvant influencer nos comportements.
  • Certains actes ou paroles peuvent avoir des motivations que nous ignorons.

Pour problématiser

  • Suis-je libre si je ne connais pas les causes de mes choix ?
  • Être conscient de mon choix suffit-il à être maître de moi-même ?
  • La connaissance de soi peut-elle augmenter ma liberté ?
LEÇON 3 · LA LIBERTÉ · PARTIE 4 / 10 TERMINÉE
29 · Liberté et responsabilité

Si je suis libre, suis-je responsable de mes actes ?

Jusqu'à présent, nous avons surtout demandé si l'être humain pouvait être libre. Mais la question devient immédiatement pratique : si je suis libre de mes actes, puis-je être tenu responsable de leurs conséquences ? Et inversement : si je ne suis pas libre, peut-on encore me reprocher ce que j'ai fait ?

30 · Situation-problème

« Ce n'est pas ma faute »

Imagine une personne qui commet volontairement une action nuisible. Lorsqu'on lui demande de s'expliquer, elle répond :

« Je n'y suis pour rien. Mon éducation, mon environnement et mon passé m'ont conduit à agir ainsi. »

Cette réponse pose un problème. Comprendre les causes d'une action suffit-il à supprimer la responsabilité de celui qui l'a accomplie ?

Problème philosophique

Si tout comportement possède des causes, alors la connaissance de ces causes semble pouvoir devenir une excuse. Mais si toute action pouvait être excusée par ses causes, la notion même de responsabilité deviendrait difficile à maintenir.

31 · Trois notions à distinguer

Liberté, responsabilité, culpabilité

Liberté

Capacité à agir volontairement et à ne pas être simplement contraint par une force extérieure.

Responsabilité

Fait de devoir répondre de ses actes et de leurs conséquences.

Culpabilité

Sentiment ou jugement selon lequel une personne a commis une faute dont elle doit répondre.

Contrainte

Situation dans laquelle une force extérieure limite ou empêche réellement la possibilité d'agir autrement.

Idée centrale :
La responsabilité semble présupposer un certain degré de liberté.
32 · Quand peut-on être responsable ?

Pour être responsable, faut-il avoir pu agir autrement ?

Lorsqu'on attribue une action à quelqu'un, on suppose généralement que cette personne pouvait, au moins dans une certaine mesure, choisir son comportement.

CAS A

Action volontaire

Je sais ce que je fais et je décide consciemment d'agir.

→ responsabilité forte

CAS B

Contrainte

Une force extérieure m'oblige directement à agir.

→ responsabilité diminuée ou absente

CAS C

Détermination

Mon comportement possède des causes psychologiques ou sociales que je ne maîtrise pas entièrement.

→ problème philosophique

33 · Philosophe majeur

Kant : être libre, c'est pouvoir se donner sa propre loi

Immanuel Kant

1724 — 1804 · Critique de la raison pratique

Kant propose une conception de la liberté particulièrement importante pour comprendre la morale.

Pour lui, être libre ne signifie pas simplement faire ce que l'on désire.

Si je suis entièrement guidé par mes désirs, mes envies ou mes intérêts immédiats, je peux être dépendant de ces inclinations.

Liberté véritable :
être capable d'agir selon une règle que la raison reconnaît comme valable.
34 · L'autonomie

Autonomie : être l'auteur de sa propre loi

Kant utilise la notion d'autonomie. Étymologiquement, le terme signifie se donner à soi-même sa propre loi.

Être autonome, ce n'est donc pas faire absolument tout ce qui nous plaît. C'est être capable de déterminer sa conduite en fonction d'une règle que l'on reconnaît rationnellement comme valable.

Hétéronomie

Je suis guidé par quelque chose qui s'impose à moi : désir, peur, pression sociale, intérêt personnel, etc.

Autonomie

Je suis capable de me déterminer selon une loi morale que ma raison reconnaît comme valable.

Mot-clé Bac

Autonomie ≠ faire ce que l'on veut. Pour Kant, l'autonomie consiste à être capable de se déterminer rationnellement et moralement.

35 · Exemple classique

Puis-je mentir si cela m'arrange ?

Imaginons que mentir me permette d'obtenir un avantage. Mon désir immédiat me pousse donc à mentir.

Mais je peux me demander :

« Est-ce que je voudrais que tout le monde puisse mentir lorsqu'il y trouve son intérêt ? »

Si le mensonge devenait une règle universelle, la confiance nécessaire à la parole pourrait disparaître. La raison peut donc me conduire à refuser mon intérêt immédiat.

À retenir · Kant

La liberté morale suppose la capacité de ne pas être simplement soumis à ses inclinations. Je suis libre lorsque je peux agir conformément à une exigence rationnelle que je reconnais comme valable.

36 · Liberté et morale

Pourquoi la morale suppose-t-elle la liberté ?

Une règle morale n'aurait pas beaucoup de sens si nous étions totalement incapables de choisir notre conduite.

Dire à quelqu'un : « Tu dois faire X » suppose qu'il existe au moins une possibilité pour lui d'agir autrement.

DEVOIR
POSSIBILITÉ D'AGIR AUTREMENT
LIBERTÉ
RESPONSABILITÉ
Formule de dissertation

La responsabilité morale semble présupposer que l'individu possède une certaine capacité à déterminer lui-même sa conduite.

37 · Retour au problème

Mais si tout est déterminé, la responsabilité disparaît-elle ?

Nous retrouvons ici la difficulté rencontrée avec Spinoza et Freud. Si mon comportement est influencé par mon histoire, mon environnement, mes désirs inconscients ou d'autres déterminations, puis-je réellement être tenu responsable ?

Argument du déterminisme

Mon action possède des causes. Si ces causes étaient suffisamment connues, mon comportement pourrait peut-être être expliqué avant même que je le considère comme un choix.

Argument moral

Même influencé par des causes, je peux réfléchir à mes actes, les évaluer et modifier progressivement ma manière d'agir.

Grande question :
La liberté exige-t-elle d'être absolument indépendant de toute cause, ou peut-elle simplement consister à pouvoir réfléchir sur ces causes et agir en fonction de raisons ?
38 · Trois conceptions

Spinoza · Freud · Kant

Ces trois penseurs permettent de construire une véritable progression philosophique.

Spinoza

Nous sommes déterminés par des causes que nous ignorons souvent.

Freud

Une partie de notre vie psychique est inconsciente et peut influencer nos comportements.

Kant

La liberté morale consiste à pouvoir se déterminer rationnellement plutôt qu'à simplement suivre ses désirs.

Question commune

Comment être réellement l'auteur de ses actes ?

39 · Vérifie que tu as compris

Quel philosophe utiliser ?

« Je crois être libre, mais je ne connais pas les causes de mes désirs. »

Spinoza

« Une partie de mes motivations peut être inconsciente. »

Freud

« Être libre, ce n'est pas seulement suivre mes envies : je peux me déterminer selon une loi morale. »

Kant

40 · Bilan

Ce qu'il faut absolument retenir

Les notions

  • La responsabilité consiste à devoir répondre de ses actes.
  • Elle semble supposer une certaine liberté.
  • L'autonomie consiste à pouvoir se déterminer soi-même selon une règle rationnelle.
  • Chez Kant, être libre ne signifie pas simplement faire ce que l'on désire.

Pour le Bac

  • Utiliser Kant pour défendre le lien entre liberté, raison et morale.
  • Utiliser Spinoza pour questionner le libre arbitre.
  • Utiliser Freud pour remettre en question la maîtrise consciente de soi.
  • Toujours distinguer contrainte extérieure et détermination intérieure.
LEÇON 3 · LA LIBERTÉ · PARTIE 5 / 10 TERMINÉE
41 · Liberté et société

Les lois nous empêchent-elles d'être libres ?

Jusqu'ici, nous avons surtout étudié la liberté à l'échelle de l'individu. Mais personne ne vit complètement seul : nous vivons avec d'autres individus, dans une société organisée par des règles et des lois. Une difficulté apparaît alors immédiatement : si la loi m'interdit certaines actions, comment pourrais-je être plus libre grâce à elle ?

42 · Un paradoxe

« La loi limite ma liberté… mais elle peut aussi la protéger. »

Prenons un exemple très simple. Une route sans aucune règle permettrait théoriquement à chacun de circuler comme il le souhaite. Mais si chaque conducteur pouvait :

  • rouler à la vitesse qu'il veut ;
  • circuler du côté qu'il veut ;
  • ne respecter aucun feu ;
  • ne laisser aucune priorité ;

alors la liberté de chacun risquerait de devenir une menace pour les autres.

Première idée :
Une absence totale de règles ne garantit pas une liberté réelle.
43 · Deux sens de la liberté

Être libre de… et être libre pour…

Il faut distinguer plusieurs manières de comprendre la liberté. Une première conception consiste à définir la liberté comme l'absence d'obstacles. Une seconde consiste à considérer la liberté comme la capacité réelle d'agir et de développer ses possibilités.

Liberté négative

Je suis libre lorsque personne ne m'empêche d'agir.

« Personne ne m'interdit de le faire. »

Liberté positive

Je suis libre lorsque je possède réellement les moyens d'agir et de réaliser mes possibilités.

« Je suis réellement capable de le faire. »
Secondaire · Approfondissement

Cette distinction est notamment développée dans la philosophie politique moderne et contemporaine. Elle permet de comprendre qu'une liberté purement juridique ne garantit pas toujours une liberté concrète.

44 · Philosophe majeur

Hobbes : sans pouvoir commun, la liberté devient insécurité

Thomas Hobbes

1588 — 1679 · Philosophie politique

Hobbes part d'une hypothèse radicale : imaginons une situation dans laquelle aucune autorité commune ne possède le pouvoir d'imposer des règles.

Chacun dispose alors d'une grande liberté d'action. Mais chacun doit également se méfier des autres.

Le problème :
Si chacun peut faire tout ce qu'il veut, chacun peut aussi devenir une menace pour la liberté et la sécurité des autres.
45 · L'état de nature

Une liberté sans limites peut-elle être vivable ?

Dans l'hypothèse de l'état de nature, il n'existe pas encore d'État capable d'imposer une loi commune.

Chaque individu cherche d'abord à assurer sa propre conservation.

Le problème est que les individus peuvent entrer en conflit. Même si je souhaite vivre tranquillement, je ne peux pas être certain que les autres feront de même.

01

Liberté maximale

Peu ou pas de contraintes communes.

02

Insécurité

Chacun doit se méfier de chacun.

03

Contrat

Les individus acceptent une autorité commune.

46 · Le contrat social

Pourquoi accepter des lois ?

Les individus peuvent donc accepter de limiter une partie de leur liberté afin de rendre possible une vie collective plus sûre.

La loi ne serait alors pas seulement une restriction de liberté. Elle pourrait également créer les conditions permettant aux individus de vivre et d'agir ensemble.

Paradoxe :

Je renonce à certaines possibilités d'action pour obtenir une sécurité et une liberté plus stables.
Pour le Bac

Hobbes permet de défendre l'idée que certaines limitations de notre liberté peuvent être nécessaires à l'existence d'une liberté collective.

47 · Philosophe majeur

Rousseau : obéir à la loi que l'on s'est prescrite

Jean-Jacques Rousseau

1712 — 1778 · Du contrat social

Rousseau pose une question différente :

Comment obéir à des lois sans pour autant perdre sa liberté ?

Sa réponse repose sur l'idée de volonté générale.

Dans une communauté politique légitime, les citoyens ne doivent pas simplement subir une loi imposée par un autre. Ils participent à la formation de la loi à laquelle ils sont ensuite soumis.

Idée essentielle

Pour Rousseau, la véritable opposition n'est pas nécessairement entre liberté et loi mais entre loi que l'on contribue à déterminer et volonté imposée par autrui.

48 · Liberté civile

La liberté n'est pas l'absence de toute règle

Rousseau permet de comprendre que vivre librement en société ne signifie pas faire tout ce que l'on souhaite.

La liberté politique consiste plutôt à ne pas être soumis arbitrairement à la volonté particulière d'un autre.

Dépendance

« Je fais ce que quelqu'un d'autre m'ordonne parce qu'il possède un pouvoir sur moi. »

Citoyenneté

« Je participe à la détermination des règles communes auxquelles je consens à me soumettre. »

49 · Synthèse

La loi est-elle l'ennemie de la liberté ?

Oui, en apparence

La loi interdit certains comportements et réduit donc les possibilités immédiates de chacun.

Mais…

Sans règles communes, les libertés peuvent entrer en conflit et les plus forts peuvent imposer leur volonté aux plus faibles.

Hobbes

La loi et l'État permettent de sortir de l'insécurité d'une liberté sans pouvoir commun.

Rousseau

Une loi légitime peut être compatible avec la liberté lorsque les citoyens participent à son élaboration.

Conclusion intermédiaire :
La liberté politique ne consiste pas nécessairement à vivre sans lois. Elle peut consister à vivre sous des lois qui empêchent l'arbitraire et rendent possible une coexistence entre libertés.
50 · Expérience de pensée

Une société sans aucune règle

Imagine une ville dans laquelle aucune règle n'existe. Personne ne peut t'interdire de faire quoi que ce soit.

Au premier regard, tu sembles posséder une liberté absolue.

Mais imagine maintenant qu'une personne plus forte que toi décide de prendre ton logement, tes biens ou ton argent.

Si aucune règle commune n'existe, qui peut l'empêcher ?

Question :
Être libre de faire ce que l'on veut est-il suffisant pour être réellement libre ?
Secondaire · Exemple

Cette expérience permet surtout de comprendre la différence entre absence de contraintes et garantie effective de la liberté.

51 · Schéma logique

Du conflit des libertés à la loi

Libertés individuelles
Risque de conflits
Règles communes
Liberté politique organisée
52 · Bilan Bac

Les idées à savoir mobiliser

Hobbes

  • Une liberté sans pouvoir commun peut produire de l'insécurité.
  • Les individus peuvent accepter des restrictions pour vivre en sécurité.
  • L'État peut donc être pensé comme une condition de la coexistence des libertés.

Rousseau

  • La liberté politique ne consiste pas à faire tout ce que l'on veut.
  • Une loi légitime doit pouvoir être rapportée à la volonté des citoyens.
  • Obéir à une loi que l'on contribue à déterminer peut être compatible avec la liberté.
LEÇON 3 · LA LIBERTÉ · PARTIE 6 / 10 TERMINÉE
53 · Liberté et désir

Être libre, est-ce faire ce que l'on désire ?

Une conception spontanée de la liberté semble évidente : être libre, ce serait pouvoir faire ce que l'on veut. Pourtant, cette définition rencontre rapidement une difficulté. Car nos désirs peuvent parfois nous conduire à faire exactement ce que nous ne voulons pas faire.

54 · Situation-problème

« Je veux arrêter… mais je continue »

Imagine quelqu'un qui souhaite réellement arrêter une habitude qu'il considère mauvaise. Il se dit :

« Je sais que je devrais arrêter, mais j'en ai tellement envie que je recommence. »

Une question apparaît : cette personne fait-elle librement ce qu'elle fait, puisqu'elle suit son désir ?

On pourrait répondre oui : personne ne l'oblige extérieurement. Mais on pourrait également répondre non : elle semble prisonnière de son propre désir.

Problème

Il faut donc distinguer faire ce que l'on désire et être capable de maîtriser ses désirs.

55 · Deux forces en nous

Désir et volonté ne disent pas toujours la même chose

Le désir

Le désir exprime une tendance vers quelque chose que nous voulons obtenir.

« J'ai envie de… »

La volonté

La volonté peut désigner la capacité à décider et à maintenir une décision, même lorsque des désirs opposés apparaissent.

« J'ai décidé de… »
Exemple :

« J'ai envie de rester au lit, mais j'ai décidé de me lever pour réviser. »

Le désir immédiat et la décision volontaire peuvent donc entrer en conflit.
56 · Philosophie antique

Épictète : distinguer ce qui dépend de nous

Épictète

v. 50 — v. 135 · Stoïcisme

Épictète, philosophe stoïcien, propose une distinction fondamentale pour penser la liberté.

DÉPEND DE MOI

Mes jugements

La manière dont j'interprète une situation.

DÉPEND DE MOI

Mes décisions

La manière dont je choisis de répondre à une situation.

NE DÉPEND PAS DE MOI

Les événements extérieurs

Le hasard, les autres, certains événements du monde.

Idée stoïcienne :
La liberté consiste notamment à ne pas dépendre intérieurement de ce qui ne dépend pas de nous.
57 · Application

Une mauvaise note

Tu reçois une mauvaise note. Tu ne peux plus modifier la copie qui a été rendue.

Ce qui ne dépend plus de moi

La note déjà donnée.

Ce qui dépend de moi

Ma manière de réagir, d'analyser mes erreurs et de préparer la prochaine évaluation.

Pour le stoïcisme, s'obstiner à vouloir contrôler ce qui ne dépend pas de nous conduit à la frustration. La liberté suppose au contraire de concentrer notre effort sur ce qui dépend réellement de nous.

Secondaire · Philosophie antique

Le stoïcisme est particulièrement utile pour traiter les sujets sur la liberté, le bonheur et la maîtrise de soi. Ce n'est pas forcément le philosophe central de la leçon, mais c'est une référence intéressante à mobiliser lorsque le sujet s'y prête.

58 · Philosophie contemporaine

Sartre : nous sommes condamnés à être libres

Jean-Paul Sartre

1905 — 1980 · Existentialisme

Sartre défend une conception particulièrement radicale de la liberté.

Selon lui, l'être humain n'est pas défini par une nature ou une essence qui déterminerait à l'avance ce qu'il doit être.

« L'existence précède l'essence. »

Cela signifie notamment que l'être humain se définit progressivement par ses choix et ses actions.

Idée essentielle

Même lorsqu'il affirme ne pas avoir le choix, l'individu reste engagé par la manière dont il répond à sa situation.

59 · La mauvaise foi

« Je n'avais pas le choix »

Sartre analyse ce qu'il appelle la mauvaise foi.

La mauvaise foi consiste notamment à se présenter comme une chose déterminée, afin d'éviter d'assumer sa liberté.

« Je suis comme ça, je ne peux pas changer. »

Une telle affirmation transforme une situation actuelle en destin.

Pour Sartre, même si nous sommes influencés par notre passé et placés dans des circonstances que nous n'avons pas choisies, nous devons toujours décider de ce que nous faisons de cette situation.

Secondaire · À utiliser avec précision

Il ne faut pas comprendre Sartre comme disant que nous pouvons absolument tout faire. Notre situation impose des limites réelles. Son idée porte plutôt sur le fait que nous sommes responsables de la manière dont nous assumons et orientons notre existence.

60 · Liberté en situation

Être libre ne signifie pas pouvoir tout faire

Il serait faux de conclure : « Si je suis libre, je peux faire absolument tout ce que je veux. »

Nous sommes toujours placés dans une situation : notre époque, notre corps, notre histoire personnelle, notre environnement social, les autres individus…

Nous ne choisissons pas nécessairement ces conditions de départ. Mais nous pouvons avoir à choisir la manière dont nous les assumons.

DONNÉ
Ma situation
CHOISI
Ce que j'en fais
Formule utile :

La liberté ne consiste pas à choisir toutes les conditions de son existence, mais à déterminer ce que l'on fait de la situation dans laquelle on se trouve.
61 · Comparaison

Épictète et Sartre : deux façons de penser la liberté

Épictète

Apprendre à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas.

Sartre

Même dans une situation imposée, nous devons choisir la manière dont nous nous engageons dans cette situation.

Point commun

La liberté ne signifie pas contrôler absolument le monde extérieur.

Différence

Le stoïcisme insiste sur la maîtrise de notre jugement et de nos réactions ; Sartre insiste davantage sur notre responsabilité existentielle.

62 · Synthèse intermédiaire

De « faire ce que je veux » à « me déterminer moi-même »

1 · Liberté spontanée

« Je suis libre lorsque personne ne m'empêche de faire ce que je veux. »

2 · Critique

Mes désirs, mon inconscient et mon environnement peuvent influencer mes choix.

3 · Liberté réfléchie

Être libre peut signifier être capable de réfléchir à ce qui nous détermine et de décider de notre conduite.

63 · Entraînement Bac

Sujet : « Être libre, est-ce faire ce que l'on veut ? »

Étape 1 · Comprendre le sujet

Le sujet semble d'abord évident. Pourtant, il faut interroger le terme « veut ».

Est-ce simplement : « avoir envie de quelque chose » ? Ou bien : « décider rationnellement de quelque chose » ?

Étape 2 · Première réponse

On peut défendre l'idée que la liberté consiste à pouvoir satisfaire ses désirs sans subir de contrainte extérieure.

Étape 3 · Objection

Mais un individu peut devenir dépendant de ses propres désirs. Faire systématiquement ce que l'on désire n'est donc pas nécessairement une forme de maîtrise de soi.

Étape 4 · Dépassement

La liberté pourrait alors être définie non comme la simple satisfaction des désirs, mais comme la capacité à déterminer sa conduite après réflexion.

Auteurs mobilisables

Spinoza : nos désirs ont des causes.
Freud : certaines motivations peuvent être inconscientes.
Kant : être libre suppose l'autonomie de la raison.
Sartre : nous sommes responsables de nos choix dans une situation donnée.

64 · Bilan

Les idées essentielles

Désir et maîtrise

  • Faire ce que l'on désire ne suffit pas forcément à être libre.
  • Un individu peut être dépendant de ses propres désirs.
  • La volonté permet de réfléchir et de décider malgré certains désirs immédiats.

Auteurs

  • Épictète : distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n'en dépend pas.
  • Sartre : la liberté implique une responsabilité dans nos choix.
  • La liberté n'est pas nécessairement l'absence de toute limite.
LEÇON 3 · LA LIBERTÉ · PARTIE 7 / 10 TERMINÉE
65 · Le problème du déterminisme

Sommes-nous réellement maîtres de nos choix ?

Jusqu'ici, nous avons vu plusieurs manières de défendre la liberté. Mais une difficulté beaucoup plus radicale apparaît : et si nos choix étaient entièrement déterminés par des causes que nous ne contrôlons pas ?

66 · Définition

Le déterminisme

Le déterminisme est l'idée selon laquelle tout événement possède des causes qui permettent de l'expliquer.

Appliqué à l'être humain, le déterminisme conduit à se demander si nos pensées, nos désirs et nos décisions ne sont pas eux-mêmes produits par des causes antérieures.

Si mon choix est entièrement causé par ce qui me précède, suis-je encore libre lorsque je choisis ?
Attention

Le déterminisme ne signifie pas nécessairement que quelqu'un nous force extérieurement. Il signifie que notre action pourrait avoir des causes auxquelles nous n'échappons pas.

67 · Exemple simple

Pourquoi ai-je choisi cette option ?

Imagine que tu choisis spontanément une boisson plutôt qu'une autre.

Tu peux dire :

« J'ai choisi celle-ci parce que je la préfère. »

Mais pourquoi la préfères-tu ?

Peut-être à cause de ton goût, de tes habitudes, de ton enfance, d'une publicité, d'une expérience passée, de ton état émotionnel du moment, etc.

On peut alors toujours demander :

« Et pourquoi avais-tu précisément ces préférences ? »

Le problème philosophique apparaît : si chacun de mes choix possède des causes, qu'est-ce qui permet encore de parler de liberté ?

68 · Spinoza

Spinoza : nous croyons être libres parce que nous ignorons les causes

Baruch Spinoza

1632 — 1677 · Éthique

Spinoza défend une conception déterministe de la nature. Pour lui, rien n'arrive sans cause.

L'être humain fait partie de cette nature. Ses pensées, ses désirs et ses actions sont donc eux aussi soumis à des causes.

Nous nous croyons libres parce que nous avons conscience de nos actions, mais pas nécessairement des causes qui les déterminent.

Autrement dit : être conscient de ce que l'on fait ne signifie pas forcément comprendre pourquoi on le fait.

69 · Exemple

« Je veux ça »

Une personne dit :

« Je veux absolument ce téléphone. C'est mon choix. »

Pour Spinoza, le fait qu'elle ait conscience de son désir ne signifie pas qu'elle soit consciente de toutes les causes de ce désir.

Son choix peut être influencé par son environnement, son histoire, ses habitudes, ses émotions ou encore les mécanismes qui ont produit son désir.

Conséquence

La liberté ne peut donc pas simplement être définie comme : « faire ce que je veux ». Il faut aussi comprendre pourquoi je veux ce que je veux.

70 · Une autre définition de la liberté

Comprendre plutôt que simplement choisir

Spinoza ne dit pas simplement : « L'être humain n'est pas libre, fin de l'histoire. »

Il propose plutôt une autre manière de comprendre la liberté.

Plus nous comprenons les causes qui déterminent nos comportements, plus nous pouvons agir avec lucidité au lieu de subir passivement nos passions.

Ignorance

Je subis les causes qui déterminent mes comportements sans les comprendre.

Connaissance

Je comprends davantage les causes qui m'affectent et je peux mieux orienter mon action.

Pour Spinoza : comprendre les déterminismes peut constituer une forme de libération.
71 · Freud

L'inconscient : une partie de nous échappe-t-elle à notre conscience ?

Sigmund Freud

1856 — 1939 · Psychanalyse

Freud radicalise le problème. Selon lui, une partie importante de notre vie psychique est inconsciente.

Cela signifie que nous pouvons avoir des pensées, des désirs ou des motivations dont nous n'avons pas clairement conscience.

Je ne suis donc pas nécessairement transparent à moi-même.
72 · Le modèle freudien

Ça, Moi, Surmoi

01 · LE ÇA

Les pulsions

Il représente notamment les pulsions et les désirs qui cherchent leur satisfaction.

02 · LE MOI

Le compromis

Il tente de composer avec les exigences du monde, les pulsions et les interdits.

03 · LE SURMOI

Les interdits

Il représente notamment les exigences morales, les interdits et les normes intériorisées.

À retenir pour le Bac

Le modèle freudien permet de montrer que la conscience ne contrôle pas nécessairement toute notre vie psychique. Nos décisions peuvent être influencées par des processus inconscients.

73 · Exemple freudien

Le lapsus et l'acte manqué

Freud s'intéresse notamment aux lapsus : une personne prononce un mot alors qu'elle voulait en dire un autre.

Dans l'interprétation freudienne, ce type d'erreur peut parfois révéler un désir ou une pensée inconsciente.

Je pensais avoir simplement « fait une erreur ».

Freud demande : et si cette erreur avait un sens ?
Secondaire · À connaître

Les notions de lapsus, rêve et acte manqué sont utiles pour comprendre la théorie freudienne. En dissertation, il faut cependant éviter de transformer chaque erreur en preuve automatique d'un désir inconscient.

74 · Une liberté mise en difficulté

Si je ne sais pas pourquoi j'agis, suis-je libre ?

La thèse freudienne crée une difficulté pour la conception classique de la liberté.

Si une partie de mes comportements est déterminée par des processus inconscients, alors ma conscience ne semble plus être totalement maîtresse de mes décisions.

Conception naïve

« Je suis conscient de mon choix, donc je suis libre. »

Objection de Freud

« Tu peux être conscient de ton action sans connaître toutes les causes qui ont produit ton désir. »

Problème : si je ne suis pas entièrement conscient des raisons qui me poussent à agir, comment puis-je être certain que je me détermine moi-même ?
75 · Deux critiques de la liberté immédiate

Spinoza et Freud : ce qui se cache derrière nos choix

Spinoza

Nos actions ont des causes que nous ne connaissons pas toujours.

→ déterminisme

Freud

Une partie de notre vie psychique est inconsciente.

→ inconscient

Question commune

Peut-on être véritablement libre si des causes que nous ne maîtrisons pas influencent nos choix ?

Réponse possible

La liberté pourrait exiger une meilleure connaissance de ce qui nous détermine.

76 · Schéma à mémoriser

Le problème du déterminisme en une image

Mes désirs
Mes pensées
Ma décision
Mon action

La question philosophique consiste à déterminer si nous sommes capables de nous situer comme véritable origine de cette chaîne.

77 · Attention à la confusion

Déterminisme ≠ fatalisme

Déterminisme

Un événement possède des causes.

Il est donc explicable par des conditions antérieures.

Fatalisme

Certains événements seraient destinés à arriver quoi que nous fassions.

Très important pour le Bac

Ne jamais écrire : « Le déterminisme signifie que tout est écrit et que nous ne pouvons rien faire. »

Ce serait confondre déterminisme et fatalisme.

78 · Entraînement Bac

Sujet : « Suis-je responsable de mes actes ? »

Piste de réflexion

À première vue, la responsabilité semble aller de pair avec la liberté : si j'ai librement choisi mon action, je peux en être tenu responsable.

Mais si mes actes sont influencés par des causes psychologiques, sociales ou inconscientes, puis-je être considéré comme leur auteur pleinement libre ?

Thèse

Je suis responsable parce que je peux choisir entre plusieurs actions.

Objection

Mes choix peuvent être déterminés par des causes que je ne maîtrise pas.

Dépassement

La responsabilité peut aussi supposer la capacité de comprendre, d'assumer et de modifier progressivement ce qui nous détermine.

Auteurs

Spinoza · Freud · Sartre

79 · Bilan

Ce qu'il faut retenir

Déterminisme

  • Nos actions peuvent avoir des causes qui nous échappent.
  • Spinoza critique l'idée d'un libre arbitre totalement indépendant des causes.
  • Comprendre les causes peut permettre de mieux agir.

Inconscient

  • Freud montre que la conscience ne suffit pas à expliquer toute notre vie psychique.
  • Certains désirs ou conflits peuvent être inconscients.
  • La liberté suppose alors de s'interroger sur ce qui détermine nos choix.
LEÇON 3 · LA LIBERTÉ · PARTIE 8 / 10 TERMINÉE
80 · Dépasser l'opposition

Être libre, est-ce faire ce que l'on veut ?

Nous avons rencontré deux conceptions qui semblent s'opposer. D'un côté, l'être humain semble capable de choisir et de se déterminer. De l'autre, ses choix sont influencés par des contraintes, des causes et éventuellement par son inconscient. Faut-il alors choisir entre liberté et déterminisme ?

81 · Première conception

La liberté comme absence de contrainte

Une première définition paraît évidente : être libre, c'est ne pas être empêché.

Si personne ne m'interdit de sortir, si aucune porte ne m'empêche de passer et si aucune personne ne me force, je peux considérer que je suis libre de sortir.

Liberté = pouvoir faire ce que je veux sans obstacle extérieur.

Cette conception permet de distinguer la liberté de la contrainte.

Contrainte

Une force extérieure m'empêche d'accomplir ce que je veux.

Liberté

Je peux agir sans obstacle extérieur immédiat.

82 · Mais cette définition ne suffit pas

Peut-on être libre tout en étant dépendant de ses désirs ?

Imaginons quelqu'un qui affirme :

« Je fais absolument tout ce que je veux. Je suis donc parfaitement libre. »

Mais supposons que cette personne soit incapable de résister à une envie. Elle veut fumer : elle fume. Elle veut acheter : elle achète. Elle veut se mettre en colère : elle se met en colère.

Peut-on réellement parler de liberté si la personne est incapable de maîtriser ses propres désirs ?

Problème central

Faire ce que l'on veut n'est peut-être pas suffisant pour être libre. Il faut peut-être aussi être capable de vouloir ce que l'on fait.

83 · L'autonomie

Être libre, c'est peut-être se donner à soi-même sa propre règle

Le mot autonomie vient du grec : autos = soi-même et nomos = loi.

Être autonome signifie donc, au sens philosophique, être capable de se donner à soi-même une règle.

Autonomie ≠ faire tout ce qui me plaît.

Autonomie = agir selon une règle que je reconnais comme rationnelle et que je peux assumer.
84 · Kant

Kant : la véritable liberté est l'autonomie

1724 — 1804 · Critique de la raison pratique

Pour Kant, être libre ne signifie pas simplement suivre ses désirs.

Si j'agis uniquement parce que je suis poussé par mes envies, mes inclinations ou mes intérêts, je ne suis pas nécessairement autonome.

La liberté véritable suppose que je puisse agir selon une règle morale que ma raison reconnaît comme valable.

La liberté n'est pas l'absence de règles.

Elle peut être la capacité de se donner rationnellement une règle à soi-même.
Formule Bac

Chez Kant, liberté et autonomie sont étroitement liées : être libre, c'est ne pas être simplement déterminé par ses désirs, mais être capable d'agir conformément à la raison.

85 · Exemple

Résister à une envie

Tu veux tricher à un examen parce que tu penses pouvoir obtenir une meilleure note.

Ton désir immédiat te pousse à tricher. Mais tu peux décider :

« Non. Je ne veux pas agir ainsi, même si cela m'avantage. »

Pour Kant, cette capacité à ne pas simplement suivre son inclination peut être une manifestation de la liberté.

86 · Liberté et responsabilité

Pourquoi la liberté implique-t-elle la responsabilité ?

Si une personne est libre, nous pouvons considérer qu'elle est capable de répondre de ses actes.

C'est précisément ce qui fonde l'idée de responsabilité : je peux être tenu responsable d'une action parce qu'elle peut m'être attribuée.

Liberté

Je peux me déterminer et choisir une manière d'agir.

Responsabilité

Je peux répondre de ce que j'ai fait.

Sans une certaine liberté, l'idée même de responsabilité devient difficile à défendre.
87 · Le cas de la contrainte

Une action imposée peut-elle m'être reprochée ?

Imagine qu'une personne me force physiquement à accomplir une action.

Peut-on alors considérer que cette action est véritablement la mienne au même sens que si je l'avais choisie ?

La contrainte extérieure semble donc réduire ma responsabilité.

Distinction

Plus une action est imposée par une contrainte extérieure, plus il devient difficile de considérer l'individu comme pleinement responsable.

88 · Sartre

Sartre : même ne pas choisir est encore un choix

Jean-Paul Sartre

1905 — 1980 · L'existentialisme est un humanisme

Sartre défend une conception particulièrement radicale de la liberté.

Selon lui, l'être humain n'est pas défini une fois pour toutes par une essence ou une nature qui déterminerait ce qu'il doit être.

« L'existence précède l'essence »

Cela signifie notamment que l'être humain se construit par ses choix et ses actes.

Idée essentielle

Je ne peux pas simplement dire : « Je suis comme ça, je n'y peux rien. »

Sartre insiste sur le fait que nous avons à assumer nos choix et notre manière de répondre aux situations.

89 · La mauvaise foi

« Je n'avais pas le choix »

Sartre appelle mauvaise foi le fait de chercher à fuir sa liberté en se racontant que nous sommes entièrement déterminés par notre situation.

Exemple :

« Je suis comme ça, je ne peux pas changer. »

Pour Sartre, cette phrase peut devenir une manière de refuser la responsabilité de ses choix.

Secondaire · Approfondissement

La notion de mauvaise foi est très utile pour approfondir une copie sur la liberté, mais elle n'est pas indispensable pour construire une dissertation correcte.

90 · Une liberté qui n'est pas toute-puissante

Être libre ne signifie pas pouvoir tout faire

Sartre ne veut pourtant pas dire que nous pouvons absolument tout faire.

Nous sommes toujours placés dans une situation : une époque, un corps, une société, une histoire personnelle, des événements que nous n'avons pas choisis.

Nous ne choisissons pas toujours ce qui nous arrive. Mais nous pouvons parfois choisir la manière dont nous y répondons.

La liberté ne consiste pas à supprimer toutes les contraintes, mais à déterminer ce que nous faisons à partir de la situation qui est la nôtre.
91 · Les auteurs essentiels

Quatre philosophes pour penser la liberté

01 · DESCARTES

Liberté de la volonté

La volonté peut affirmer ou nier, choisir ou refuser.

→ libre arbitre

02 · SPINOZA

Déterminisme

Nous sommes déterminés par des causes que nous ne connaissons pas toujours.

→ comprendre les causes

03 · KANT

Autonomie

Être libre, c'est pouvoir agir selon une loi morale que la raison reconnaît.

→ liberté morale

04 · SARTRE

Responsabilité

L'être humain est condamné à être libre et doit assumer ses choix.

→ existence et choix

92 · Tableau de révision

Les quatre positions en un coup d'œil

Philosophe Question Idée
Descartes Puis-je choisir ? La volonté est libre.
Spinoza Pourquoi choisis-je ? Nos choix ont des causes.
Kant Comment être autonome ? Se donner une loi rationnelle.
Sartre Que faire de ma liberté ? Assumer ses choix.
93 · Méthode Bac

Comment utiliser ces idées dans une dissertation ?

Étape 1 · Définir

Définis précisément « liberté », « choix », « contrainte », « autonomie » ou « responsabilité ».

Étape 2 · Problématiser

Montre qu'une première réponse paraît évidente mais rencontre une difficulté.

Étape 3 · Confronter

Utilise les philosophes pour faire apparaître plusieurs réponses possibles.

Étape 4 · Nuancer

Ne termine pas simplement par « oui » ou « non ». Montre ce que l'analyse a permis de comprendre.

Règle d'or

Un philosophe n'est pas un argument décoratif.

Ne fais pas : « Spinoza pense ceci. Kant pense cela. Sartre pense autre chose. »

Fais plutôt : « Cette difficulté peut être éclairée par Spinoza, pour qui… » puis explique pourquoi sa thèse répond au problème.

94 · Sujet Bac guidé

« Être libre, est-ce faire ce que l'on veut ? »

① Première réponse : oui

La liberté semble d'abord être la possibilité de réaliser sa volonté sans obstacle extérieur.

Si personne ne m'empêche de faire ce que je veux, je semble libre.

② Objection : et si mes désirs me dominent ?

Spinoza et Freud permettent de remettre en question cette conception. Ce que je veux peut dépendre de causes que je ne maîtrise pas.

③ Dépassement : la liberté comme autonomie

Avec Kant, on peut distinguer le simple fait de suivre ses désirs et la capacité de se donner rationnellement une règle.

④ Ouverture : une liberté située

Avec Sartre, on comprend que nous ne choisissons pas toutes les circonstances de notre existence. Mais nous pouvons encore réfléchir à la manière dont nous répondons à ces circonstances.

Conclusion possible : être libre ne consiste peut-être pas simplement à faire ce que l'on veut, mais à pouvoir réfléchir sur ses désirs, se déterminer et assumer ses choix.
95 · Carte mentale

La liberté en 8 mots

01

Volonté

Je peux vouloir et choisir.

02

Choix

Plusieurs possibilités semblent s'offrir à moi.

03

Contrainte

Quelque chose peut limiter mon action.

04

Déterminisme

Mes actions ont des causes.

05

Inconscient

Je ne connais pas toujours toutes les causes de mes actes.

06

Autonomie

Je peux me donner une règle.

07

Responsabilité

Je peux répondre de mes actes.

08

Engagement

Je dois assumer ce que je choisis.

LEÇON 3 · LA LIBERTÉ · PARTIE 9 / 10 TERMINÉE
96 · Synthèse générale

La liberté : tout le chapitre en une seule carte

La question de la liberté ne possède pas une réponse unique. Elle oblige à distinguer plusieurs sens du mot « libre » et à examiner les obstacles qui peuvent limiter notre capacité à nous déterminer.

01

Liberté

Pouvoir se déterminer et agir selon sa volonté.

02

Limites

Contraintes, déterminismes, passions et inconscient.

03

Responsabilité

Répondre de ses actes et assumer ses choix.

VOLONTÉ → CHOIX → ACTION → RESPONSABILITÉ
97 · Vocabulaire

Les notions à connaître par cœur

Une dissertation de philosophie commence toujours par la maîtrise précise des termes du sujet.

Liberté

Capacité de se déterminer soi-même et d'agir sans subir entièrement une volonté extérieure.

Libre arbitre

Pouvoir de choisir entre plusieurs possibilités et de déterminer sa propre action.

Contrainte

Force qui s'impose à un individu et limite sa possibilité d'agir comme il le souhaite.

Déterminisme

Principe selon lequel les événements sont déterminés par des causes antérieures.

Fatalisme

Idée selon laquelle certains événements doivent arriver quoi que nous fassions.

Autonomie

Capacité à se donner à soi-même sa propre règle.

Hétéronomie

Situation dans laquelle la règle de notre action vient d'une autre instance que nous-mêmes.

Responsabilité

Obligation de répondre de ses actes et de leurs conséquences.

Inconscient

Ensemble des processus psychiques qui échappent à la conscience.

Mauvaise foi

Chez Sartre, manière de fuir ou de masquer sa liberté en se présentant comme entièrement déterminé.

98 · Auteurs

Les philosophes à mobiliser au Bac

DESCARTES

La volonté

L'être humain dispose d'une volonté capable d'affirmer ou de nier, de poursuivre ou de fuir.

→ libre arbitre

SPINOZA

Le déterminisme

Nous sommes déterminés par des causes que nous ne connaissons pas toujours.

→ comprendre les causes

FREUD

L'inconscient

La conscience ne suffit pas à expliquer l'ensemble de nos comportements.

→ désir inconscient

KANT

L'autonomie

Être libre, c'est être capable d'agir selon une loi morale que la raison reconnaît.

→ liberté morale

SARTRE

La responsabilité

L'être humain est libre et doit assumer les choix qui construisent son existence.

→ existence et choix

Secondaire · Approfondissement

Tu n'as pas besoin de connaître toute l'œuvre de ces philosophes. Pour le Bac, il est préférable de maîtriser parfaitement une idée précise par auteur plutôt que d'accumuler des références mal comprises.

99 · Formules utiles

Quelques citations à connaître

Une citation n'est jamais obligatoire dans une dissertation. Elle doit surtout être comprise et correctement reliée à ton argument.

Descartes

« La liberté de notre volonté se connaît sans preuve. »
Spinoza

« Les hommes se croient libres parce qu'ils sont conscients de leurs actions. »
Kant

« L'autonomie de la volonté est le principe unique de toutes les lois morales. »
Sartre

« L'homme est condamné à être libre. »
Secondaire · Citations

Apprends surtout le sens des citations. Une citation approximative ou utilisée hors contexte peut fragiliser la copie.

100 · Les pièges à éviter

Les erreurs qui peuvent coûter cher

❌ « Être libre = faire tout ce qu'on veut »

C'est seulement une première définition qu'il faut ensuite interroger.

❌ « Déterminisme = fatalisme »

Faux. Le déterminisme explique les événements par leurs causes ; le fatalisme affirme qu'ils doivent arriver quoi qu'on fasse.

❌ « Freud dit que tout est inconscient »

Freud ne supprime pas la conscience. Il montre qu'elle ne suffit pas à expliquer toute la vie psychique.

❌ Empiler les philosophes

Une dissertation n'est pas un catalogue d'auteurs. Chaque référence doit répondre à une difficulté précise.

101 · Entraînement Bac

10 sujets pour t'entraîner

  1. Sommes-nous libres de vouloir ce que nous voulons ?
  2. Être libre, est-ce faire ce que l'on veut ?
  3. Peut-on être libre sans être autonome ?
  4. L'inconscient empêche-t-il d'être libre ?
  5. Nos choix sont-ils réellement les nôtres ?
  6. Peut-on être responsable sans être libre ?
  7. La connaissance de ce qui nous détermine nous rend-elle plus libres ?
  8. La liberté consiste-t-elle à n'obéir à personne ?
  9. Sommes-nous condamnés à être libres ?
  10. Peut-on vouloir être libre ?
Secondaire · Entraînement

Ces sujets sont des exercices de préparation. Ils ne constituent évidemment pas une liste de sujets prédictifs du Bac.

102 · Méthode express

Si tu tombes sur un sujet sur la liberté

01 · Définis les termes

Demande-toi ce que signifie exactement « liberté » dans le sujet.

02 · Trouve l'évidence

Quelle réponse semble immédiatement correcte ? Commence par elle.

03 · Trouve le problème

Quelle objection empêche de s'arrêter à cette première réponse ?

04 · Mobilise les auteurs

Descartes → volonté. Spinoza → déterminisme. Freud → inconscient. Kant → autonomie. Sartre → responsabilité.

05 · Construis une réponse nuancée

Ne cherche pas seulement à répondre « oui » ou « non ». Montre comment le problème transforme progressivement la définition de la liberté.

103 · Révision express

La fiche à relire 10 minutes avant l'épreuve

LA LIBERTÉ

Définition : capacité de se déterminer et d'agir sans être entièrement soumis à une volonté extérieure ou à des déterminations inconscientes.

Problème : si nos choix ont des causes, sommes-nous encore libres ?

Descartes : la volonté possède une liberté qui permet de choisir.

Spinoza : nous ignorons souvent les causes qui déterminent nos désirs et nos actions.

Freud : une partie de notre vie psychique est inconsciente.

Kant : la liberté véritable est autonomie : agir selon une règle rationnelle que l'on se donne.

Sartre : l'être humain est responsable de ses choix et doit assumer sa liberté.

FORMULE À RETENIR

Faire ce que je veux n'est peut-être pas encore être libre :
il faut aussi pouvoir réfléchir à ce que je veux, comprendre ce qui me détermine et assumer ce que je choisis.
104 · Quiz final

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1. Que signifie le déterminisme ?

2. Quel philosophe est associé au déterminisme ?

3. Que désigne l'inconscient chez Freud ?

4. Pour Kant, quelle notion est particulièrement liée à la liberté ?

5. Que signifie « être responsable » ?

105 · Fin de la leçon

Alors, sommes-nous libres ?

Au début de cette leçon, la liberté semblait relativement simple : être libre, c'était pouvoir choisir.

Mais nous avons découvert que nos choix peuvent être limités par des contraintes extérieures, influencés par nos désirs, déterminés par des causes et même influencés par des processus inconscients.

Pourtant, cela ne signifie pas nécessairement que toute liberté disparaît.

Avec Kant, nous avons vu que la liberté peut être pensée comme autonomie. Avec Spinoza, comprendre les causes qui nous déterminent peut permettre de mieux agir. Avec Sartre, nous avons vu l'importance de l'engagement et de la responsabilité.

La question n'est donc plus seulement : « Est-ce que je suis libre ? »

mais aussi : « Comment puis-je devenir davantage capable de me déterminer ? »
LEÇON 3 / 12 · LA LIBERTÉ · COURS TERMINÉ