Nous avons tous le sentiment de pouvoir choisir : décider d'une orientation, accepter ou refuser une proposition, changer d'avis, agir ou ne pas agir. Mais ce sentiment suffit-il à prouver que nous sommes réellement libres ? Si nos désirs ont des causes, si notre éducation nous influence, si notre société nous impose certaines règles et si notre inconscient agit sur nous, sommes-nous véritablement maîtres de nos choix ?
La liberté paraît d'abord évidente. Si personne ne m'empêche de sortir, de parler, de choisir mes études ou de changer de métier, je peux avoir le sentiment d'être libre. Pourtant, cette première définition soulève immédiatement plusieurs difficultés. Pour comprendre la liberté, il faut notamment distinguer ce que je peux faire, ce que je veux faire et ce que je décide réellement de faire.
Cette phrase semble parfaitement logique. Pourtant, elle contient déjà une difficulté : suis-je libre simplement parce que je peux faire ce que je veux ?
Pour répondre, il faudrait savoir d'où vient ce que je veux. Si mon désir est lui-même produit par mon éducation, mon environnement, mes habitudes, mon histoire personnelle ou des mécanismes psychologiques dont je n'ai pas conscience, puis-je encore dire que je suis totalement à l'origine de mon choix ?
Avant d'étudier les philosophes, il faut savoir précisément ce que signifie le vocabulaire utilisé dans une dissertation.
Liberté
Capacité de se déterminer soi-même et d'agir selon sa volonté, sans être soumis à une contrainte qui empêcherait nécessairement l'action.
→ pouvoir choisir et agir.
Contrainte
Force qui limite ou empêche les possibilités d'action d'un individu.
→ prison, violence, menace...
Volonté
Faculté de se déterminer à agir à partir d'une décision.
→ décider puis agir.
Choix
Décision par laquelle un individu retient une possibilité parmi plusieurs possibilités.
→ choisir A plutôt que B.
La première conception spontanée de la liberté consiste à penser que je suis libre lorsque rien ni personne ne m'empêche d'agir. Cette conception est importante, mais elle n'est pas suffisante.
Je suis libre lorsque personne ne m'empêche physiquement ou juridiquement de réaliser une action. La liberté signifie ici : ne pas être empêché.
Je suis libre lorsque je peux véritablement me déterminer moi-même. La question devient alors : suis-je l'auteur de mes propres décisions ?
Être libre de faire quelque chose et être libre de vouloir quelque chose sont deux problèmes différents.
Il serait tentant de définir la liberté comme l'absence de toutes les règles. Selon cette conception : « Je suis libre si personne ne m'interdit rien. » Mais cette idée rencontre rapidement une objection.
Aucune règle ne limite mon comportement.
→ liberté individuelle maximale
Si ma liberté me permet de faire tout ce que je veux, je peux aussi empêcher les autres d'exercer leur propre liberté.
→ conflit des libertés
Certaines règles limitent mes actions afin de garantir à chacun un espace de liberté.
→ liberté civile
Nous découvrons donc un premier paradoxe. Une absence totale de contraintes pourrait sembler être la forme maximale de liberté. Mais si chacun pouvait absolument tout faire, les libertés des individus entreraient immédiatement en conflit.
Plus il y a de règles, moins nous sommes libres.
Certaines règles sont nécessaires pour que la liberté de chacun soit possible.
1712 — 1778 · Philosophie politique
Rousseau part d'un problème fondamental : comment vivre avec les autres sans perdre sa liberté ?
Si chacun fait uniquement ce qu'il veut, les individus peuvent entrer en conflit. Mais si un individu est soumis à la volonté arbitraire d'un autre, il n'est plus véritablement libre.
Rousseau sera étudié plus précisément dans une partie consacrée à la liberté politique. Pour l'instant, retiens surtout le problème : comment obéir à des règles sans devenir l'esclave de la volonté d'un autre ?
Si être libre signifie pouvoir choisir, il faut encore déterminer si nos choix dépendent réellement de nous. Nos désirs, notre éducation, notre société, notre histoire personnelle, notre corps ou encore notre inconscient peuvent-ils déterminer nos décisions ?
Jusqu'ici, nous avons supposé que lorsque nous choisissons, nous sommes à l'origine de notre décision. Mais cette évidence peut être remise en question. Une décision semble libre lorsque nous avons l'impression que plusieurs possibilités s'offrent à nous. Pourtant, si notre choix possède nécessairement des causes qui l'ont produit, peut-on encore parler de liberté ?
Imagine que tu dois choisir entre deux restaurants. Tu choisis le premier.
On pourrait dire : « Tu as choisi librement. »
Mais réfléchissons davantage.
Ton histoire
Tu as peut-être l'habitude d'y manger depuis ton enfance.
Tes goûts
Tu préfères naturellement le type de nourriture proposé par ce restaurant.
Ton environnement
Tes proches t'ont peut-être recommandé cet endroit.
Ta situation
Le premier restaurant est peut-être moins cher ou beaucoup plus proche.
Le déterminisme est l'idée selon laquelle tout événement possède des causes qui permettent de l'expliquer.
Appliqué à l'être humain, le déterminisme signifie que nos comportements et nos décisions peuvent dépendre de facteurs qui nous précèdent : notre corps, notre histoire, notre éducation, notre environnement ou encore notre psychologie.
Le déterminisme ne signifie pas nécessairement que quelqu'un nous force à agir. Il signifie plutôt que notre action pourrait avoir des causes nécessaires, même lorsque nous avons l'impression d'agir spontanément.
Cette distinction est essentielle dans une dissertation. Une contrainte est généralement identifiable : quelqu'un ou quelque chose m'empêche directement d'agir. Le déterminisme pose une question beaucoup plus profonde : mes actions peuvent-elles être causées même lorsque rien ne semble m'empêcher de choisir ?
Je veux sortir de chez moi, mais quelqu'un m'enferme à clé.
Je peux sortir de chez moi, mais mon choix lui-même possède peut-être des causes dont je n'ai pas conscience.
1632 — 1677 · Éthique
Spinoza propose une critique radicale de notre conception spontanée de la liberté.
Selon lui, nous avons tendance à nous croire libres parce que nous sommes conscients de nos actions et de nos désirs.
En revanche, nous ne connaissons pas toujours les causes qui ont produit ces désirs.
Je ressens un désir et j'en ai conscience.
J'agis conformément à ce désir.
Je ne connais pas nécessairement toutes les causes qui expliquent mon désir.
Notre sentiment de liberté peut être une illusion produite par notre ignorance des causes qui déterminent nos actions.
Pour Spinoza, prendre conscience de son désir ne suffit pas à être libre. La véritable liberté suppose de comprendre les causes qui nous déterminent afin de ne plus les subir aveuglément.
Chez Spinoza, la liberté ne consiste donc pas à être une cause absolument indépendante de tout. Elle consiste plutôt à comprendre la nécessité et à agir à partir de ce que nous sommes réellement. Cette idée sera reprise plus loin dans la leçon lorsque nous étudierons la différence entre liberté et libre arbitre.
Je suis conscient de ce que je veux.
Je ne connais pas forcément les causes de mon désir.
Parce que je ressens ma décision sans nécessairement connaître ce qui l'a produite.
Cette question nous conduit directement vers un autre problème essentiel : si nos actions sont déterminées, pouvons-nous encore être tenus pour responsables ? C'est l'une des grandes difficultés posées par le déterminisme.
Le problème posé par Spinoza est radical : si chacune de nos décisions possède des causes, peut-on encore dire que nous aurions pu choisir autrement ? Pourtant, lorsque nous prenons une décision, nous avons souvent l'impression que plusieurs possibilités sont réellement ouvertes devant nous. Cette expérience conduit à une conception classique de la liberté : le libre arbitre.
Le libre arbitre désigne la capacité d'un individu à choisir entre plusieurs possibilités et à être véritablement à l'origine de son choix.
Dans cette conception, lorsque je décide d'agir, j'aurais réellement pu faire autrement.
Le simple fait de choisir entre deux possibilités ne prouve pas encore que notre choix soit libre. Il faut distinguer plusieurs situations.
Je voudrais sortir, mais je suis enfermé dans une pièce.
→ contrainte extérieure
Je choisis volontairement, mais mon choix est peut-être déterminé par des causes que j'ignore.
→ problème du déterminisme
Je choisis entre plusieurs possibilités et je suis véritablement l'auteur de ma décision.
→ autonomie du sujet
1596 — 1650 · Méditations métaphysiques
Descartes accorde une place fondamentale à la volonté. Pour lui, l'être humain possède une capacité de vouloir et de choisir qui dépasse ce qu'il comprend immédiatement.
La volonté peut se porter sur différentes possibilités. Mais Descartes introduit une distinction essentielle : être libre ne signifie pas simplement hésiter entre plusieurs possibilités.
Imaginons que je doive choisir entre deux chemins, sans avoir aucune raison de préférer l'un à l'autre.
Je peux alors me sentir totalement libre : « Je peux prendre celui de gauche ou celui de droite, peu importe. »
Pourtant, pour Descartes, cette situation d'indifférence n'est pas nécessairement la forme la plus parfaite de la liberté.
Je n'ai aucune raison de préférer A à B. Je choisis donc presque arbitrairement.
Je connais les raisons de mon choix et je peux volontairement suivre ce que ma raison reconnaît comme préférable.
Pour Descartes, la liberté ne consiste pas simplement à choisir sans raison. Elle peut au contraire être renforcée par la connaissance et la raison .
Ne présente pas Descartes comme un philosophe qui affirme simplement : « Plus je peux choisir, plus je suis libre. » Sa réflexion est plus subtile : la liberté véritable est liée à l'usage de la volonté et à la connaissance.
Les deux philosophes permettent de construire une opposition particulièrement utile pour le Bac. Tous deux réfléchissent à la volonté, mais ils ne donnent pas le même sens à notre liberté.
Nous nous croyons libres parce que nous sommes conscients de nos désirs mais ignorons souvent leurs causes.
L'être humain possède une volonté capable de se déterminer. La connaissance et la raison peuvent contribuer à une liberté plus accomplie.
Au Bac, il est souvent plus efficace de montrer qu'une thèse répond à une difficulté qu'une autre thèse a mise en évidence. Ici : Spinoza remet en cause l'idée d'une volonté totalement indépendante, tandis que Descartes permet de penser la liberté à partir de la volonté et de la raison.
Une difficulté apparaît. Si être libre signifie choisir sans être déterminé, alors connaître les causes de nos actions pourrait sembler inutile. Mais si nous sommes déterminés par des causes que nous ignorons, alors les connaître pourrait au contraire nous permettre de mieux nous comprendre et de mieux orienter notre conduite.
Être libre = ne dépendre d'aucune cause.
Être libre = comprendre ce qui nous détermine pour agir davantage par nous-mêmes.
Libre arbitre
Pouvoir choisir et être véritablement à l'origine de son choix.
Spinoza
Nous ignorons souvent les causes qui déterminent nos désirs et nos actions.
Descartes
La volonté est essentielle à la liberté ; la raison peut éclairer et perfectionner son exercice.
Question centrale
Sommes-nous libres si nos choix ont des causes que nous ne maîtrisons pas ?
La prochaine partie va déplacer le problème : nous ne nous demandons plus seulement si nous pouvons choisir, mais si nous pouvons être tenus responsables de ce que nous faisons. Cela nous conduira notamment vers la responsabilité, la culpabilité et la morale.
Nous avons vu que nos choix peuvent être influencés par des causes que nous ne connaissons pas. Mais une hypothèse va encore plus loin : et si une partie de nous-même était inaccessible à notre conscience et influençait pourtant nos pensées, nos désirs et nos actions ? C'est le problème de l'inconscient.
Lorsque nous agissons, nous pouvons généralement expliquer notre comportement.
Par exemple : « Je suis allé voir cette personne parce que j'avais envie de lui parler. »
Mais cette explication est-elle toujours suffisante ?
1856 — 1939 · Psychanalyse
Freud développe une conception de l'esprit humain dans laquelle la conscience ne constitue pas la totalité de notre vie psychique.
Une partie de nos désirs, souvenirs, pulsions et représentations peut rester inconsciente.
Or cette dimension inconsciente peut exercer une influence sur nos pensées et nos comportements.
L'être humain peut donc agir pour des raisons qu'il ne connaît pas consciemment. Cela remet en question l'idée selon laquelle nous serions parfaitement transparents à nous-mêmes.
Cette représentation permet de retenir une idée simple : ce dont nous avons conscience ne constitue pas nécessairement la totalité de notre vie psychique.
Freud s'intéresse notamment aux phénomènes tels que les lapsus, les oublis ou certains actes apparemment accidentels.
Prenons un exemple simple :
Une interprétation psychanalytique pourrait chercher à comprendre si cette erreur révèle un désir, un souvenir ou une représentation inconsciente.
Il ne faut pas écrire au Bac : « Tous les lapsus révèlent forcément un désir caché. » L'intérêt philosophique de l'exemple est plutôt de montrer que certaines de nos actions peuvent avoir des motivations dont nous n'avons pas conscience.
Le problème devient alors particulièrement important pour notre réflexion sur la liberté. Si une partie de notre activité psychique est inconsciente, certains de nos choix pourraient être influencés par des motivations que nous ne maîtrisons pas.
Je suis conscient du désir que je ressens.
Des motivations inconscientes peuvent participer à la formation de mon désir.
Si je ne connais pas toutes les causes de mon choix, puis-je me considérer comme totalement autonome ?
La philosophie classique pouvait donner l'image d'un sujet capable de se connaître directement : « Je pense, donc je sais que je pense. »
Freud introduit une difficulté : je peux être conscient de mes pensées, sans être conscient de toutes les forces psychiques qui orientent ces pensées.
Freud permet de critiquer l'idée selon laquelle être conscient de ses choix suffit pour être pleinement maître de soi.
Pas nécessairement. Découvrir que nous sommes influencés ne signifie pas automatiquement que nous sommes condamnés à subir ces influences. Une nouvelle conception de la liberté devient possible : devenir plus conscient de ce qui nous détermine.
Une motivation agit sur moi sans que je comprenne réellement son origine.
Je peux identifier certaines motivations, réfléchir à leur origine et éventuellement modifier ma manière d'agir.
La psychanalyse ne transforme pas mécaniquement l'individu en sujet parfaitement libre. L'intérêt de cette approche est surtout de montrer que la liberté peut supposer un travail sur soi et une meilleure compréhension de ses déterminations.
Spinoza
Nos désirs et nos actions ont des causes que nous ne connaissons pas toujours.
Freud
Une partie de notre vie psychique est inconsciente et peut influencer nos comportements.
Point commun
Nous ne sommes pas nécessairement transparents à nous-mêmes.
Conséquence
Comprendre ce qui nous détermine peut devenir une condition importante de notre autonomie.
C'est le passage essentiel entre la conception spontanée de la liberté et la critique de cette conception par Spinoza et Freud.
Jusqu'à présent, nous avons surtout demandé si l'être humain pouvait être libre. Mais la question devient immédiatement pratique : si je suis libre de mes actes, puis-je être tenu responsable de leurs conséquences ? Et inversement : si je ne suis pas libre, peut-on encore me reprocher ce que j'ai fait ?
Imagine une personne qui commet volontairement une action nuisible. Lorsqu'on lui demande de s'expliquer, elle répond :
Cette réponse pose un problème. Comprendre les causes d'une action suffit-il à supprimer la responsabilité de celui qui l'a accomplie ?
Si tout comportement possède des causes, alors la connaissance de ces causes semble pouvoir devenir une excuse. Mais si toute action pouvait être excusée par ses causes, la notion même de responsabilité deviendrait difficile à maintenir.
Liberté
Capacité à agir volontairement et à ne pas être simplement contraint par une force extérieure.
Responsabilité
Fait de devoir répondre de ses actes et de leurs conséquences.
Culpabilité
Sentiment ou jugement selon lequel une personne a commis une faute dont elle doit répondre.
Contrainte
Situation dans laquelle une force extérieure limite ou empêche réellement la possibilité d'agir autrement.
Lorsqu'on attribue une action à quelqu'un, on suppose généralement que cette personne pouvait, au moins dans une certaine mesure, choisir son comportement.
Je sais ce que je fais et je décide consciemment d'agir.
→ responsabilité forte
Une force extérieure m'oblige directement à agir.
→ responsabilité diminuée ou absente
Mon comportement possède des causes psychologiques ou sociales que je ne maîtrise pas entièrement.
→ problème philosophique
1724 — 1804 · Critique de la raison pratique
Kant propose une conception de la liberté particulièrement importante pour comprendre la morale.
Pour lui, être libre ne signifie pas simplement faire ce que l'on désire.
Si je suis entièrement guidé par mes désirs, mes envies ou mes intérêts immédiats, je peux être dépendant de ces inclinations.
Kant utilise la notion d'autonomie. Étymologiquement, le terme signifie se donner à soi-même sa propre loi.
Être autonome, ce n'est donc pas faire absolument tout ce qui nous plaît. C'est être capable de déterminer sa conduite en fonction d'une règle que l'on reconnaît rationnellement comme valable.
Je suis guidé par quelque chose qui s'impose à moi : désir, peur, pression sociale, intérêt personnel, etc.
Je suis capable de me déterminer selon une loi morale que ma raison reconnaît comme valable.
Autonomie ≠ faire ce que l'on veut. Pour Kant, l'autonomie consiste à être capable de se déterminer rationnellement et moralement.
Imaginons que mentir me permette d'obtenir un avantage. Mon désir immédiat me pousse donc à mentir.
Mais je peux me demander :
Si le mensonge devenait une règle universelle, la confiance nécessaire à la parole pourrait disparaître. La raison peut donc me conduire à refuser mon intérêt immédiat.
La liberté morale suppose la capacité de ne pas être simplement soumis à ses inclinations. Je suis libre lorsque je peux agir conformément à une exigence rationnelle que je reconnais comme valable.
Une règle morale n'aurait pas beaucoup de sens si nous étions totalement incapables de choisir notre conduite.
Dire à quelqu'un : « Tu dois faire X » suppose qu'il existe au moins une possibilité pour lui d'agir autrement.
La responsabilité morale semble présupposer que l'individu possède une certaine capacité à déterminer lui-même sa conduite.
Nous retrouvons ici la difficulté rencontrée avec Spinoza et Freud. Si mon comportement est influencé par mon histoire, mon environnement, mes désirs inconscients ou d'autres déterminations, puis-je réellement être tenu responsable ?
Mon action possède des causes. Si ces causes étaient suffisamment connues, mon comportement pourrait peut-être être expliqué avant même que je le considère comme un choix.
Même influencé par des causes, je peux réfléchir à mes actes, les évaluer et modifier progressivement ma manière d'agir.
Ces trois penseurs permettent de construire une véritable progression philosophique.
Spinoza
Nous sommes déterminés par des causes que nous ignorons souvent.
Freud
Une partie de notre vie psychique est inconsciente et peut influencer nos comportements.
Kant
La liberté morale consiste à pouvoir se déterminer rationnellement plutôt qu'à simplement suivre ses désirs.
Question commune
Comment être réellement l'auteur de ses actes ?
« Je crois être libre, mais je ne connais pas les causes de mes désirs. »
→ Spinoza
« Une partie de mes motivations peut être inconsciente. »
→ Freud
« Être libre, ce n'est pas seulement suivre mes envies : je peux me déterminer selon une loi morale. »
→ Kant
Dans la prochaine partie, nous quitterons l'individu isolé pour étudier son rapport aux autres. Lois, État, société, obéissance et liberté : sommes-nous plus libres sans règles, ou certaines règles sont-elles justement nécessaires à notre liberté ?
Jusqu'ici, nous avons surtout étudié la liberté à l'échelle de l'individu. Mais personne ne vit complètement seul : nous vivons avec d'autres individus, dans une société organisée par des règles et des lois. Une difficulté apparaît alors immédiatement : si la loi m'interdit certaines actions, comment pourrais-je être plus libre grâce à elle ?
Prenons un exemple très simple. Une route sans aucune règle permettrait théoriquement à chacun de circuler comme il le souhaite. Mais si chaque conducteur pouvait :
alors la liberté de chacun risquerait de devenir une menace pour les autres.
Il faut distinguer plusieurs manières de comprendre la liberté. Une première conception consiste à définir la liberté comme l'absence d'obstacles. Une seconde consiste à considérer la liberté comme la capacité réelle d'agir et de développer ses possibilités.
Je suis libre lorsque personne ne m'empêche d'agir.
Je suis libre lorsque je possède réellement les moyens d'agir et de réaliser mes possibilités.
Cette distinction est notamment développée dans la philosophie politique moderne et contemporaine. Elle permet de comprendre qu'une liberté purement juridique ne garantit pas toujours une liberté concrète.
1588 — 1679 · Philosophie politique
Hobbes part d'une hypothèse radicale : imaginons une situation dans laquelle aucune autorité commune ne possède le pouvoir d'imposer des règles.
Chacun dispose alors d'une grande liberté d'action. Mais chacun doit également se méfier des autres.
Dans l'hypothèse de l'état de nature, il n'existe pas encore d'État capable d'imposer une loi commune.
Chaque individu cherche d'abord à assurer sa propre conservation.
Le problème est que les individus peuvent entrer en conflit. Même si je souhaite vivre tranquillement, je ne peux pas être certain que les autres feront de même.
Peu ou pas de contraintes communes.
Chacun doit se méfier de chacun.
Les individus acceptent une autorité commune.
Les individus peuvent donc accepter de limiter une partie de leur liberté afin de rendre possible une vie collective plus sûre.
La loi ne serait alors pas seulement une restriction de liberté. Elle pourrait également créer les conditions permettant aux individus de vivre et d'agir ensemble.
Hobbes permet de défendre l'idée que certaines limitations de notre liberté peuvent être nécessaires à l'existence d'une liberté collective.
1712 — 1778 · Du contrat social
Rousseau pose une question différente :
Sa réponse repose sur l'idée de volonté générale.
Dans une communauté politique légitime, les citoyens ne doivent pas simplement subir une loi imposée par un autre. Ils participent à la formation de la loi à laquelle ils sont ensuite soumis.
Pour Rousseau, la véritable opposition n'est pas nécessairement entre liberté et loi mais entre loi que l'on contribue à déterminer et volonté imposée par autrui.
Rousseau permet de comprendre que vivre librement en société ne signifie pas faire tout ce que l'on souhaite.
La liberté politique consiste plutôt à ne pas être soumis arbitrairement à la volonté particulière d'un autre.
« Je fais ce que quelqu'un d'autre m'ordonne parce qu'il possède un pouvoir sur moi. »
« Je participe à la détermination des règles communes auxquelles je consens à me soumettre. »
Oui, en apparence
La loi interdit certains comportements et réduit donc les possibilités immédiates de chacun.
Mais…
Sans règles communes, les libertés peuvent entrer en conflit et les plus forts peuvent imposer leur volonté aux plus faibles.
Hobbes
La loi et l'État permettent de sortir de l'insécurité d'une liberté sans pouvoir commun.
Rousseau
Une loi légitime peut être compatible avec la liberté lorsque les citoyens participent à son élaboration.
Imagine une ville dans laquelle aucune règle n'existe. Personne ne peut t'interdire de faire quoi que ce soit.
Au premier regard, tu sembles posséder une liberté absolue.
Mais imagine maintenant qu'une personne plus forte que toi décide de prendre ton logement, tes biens ou ton argent.
Si aucune règle commune n'existe, qui peut l'empêcher ?
Cette expérience permet surtout de comprendre la différence entre absence de contraintes et garantie effective de la liberté.
Pour répondre, il faudra distinguer les contraintes qui détruisent la liberté des règles qui rendent possible la liberté de chacun.
Une conception spontanée de la liberté semble évidente : être libre, ce serait pouvoir faire ce que l'on veut. Pourtant, cette définition rencontre rapidement une difficulté. Car nos désirs peuvent parfois nous conduire à faire exactement ce que nous ne voulons pas faire.
Imagine quelqu'un qui souhaite réellement arrêter une habitude qu'il considère mauvaise. Il se dit :
Une question apparaît : cette personne fait-elle librement ce qu'elle fait, puisqu'elle suit son désir ?
On pourrait répondre oui : personne ne l'oblige extérieurement. Mais on pourrait également répondre non : elle semble prisonnière de son propre désir.
Il faut donc distinguer faire ce que l'on désire et être capable de maîtriser ses désirs.
Le désir exprime une tendance vers quelque chose que nous voulons obtenir.
La volonté peut désigner la capacité à décider et à maintenir une décision, même lorsque des désirs opposés apparaissent.
v. 50 — v. 135 · Stoïcisme
Épictète, philosophe stoïcien, propose une distinction fondamentale pour penser la liberté.
La manière dont j'interprète une situation.
La manière dont je choisis de répondre à une situation.
Le hasard, les autres, certains événements du monde.
Tu reçois une mauvaise note. Tu ne peux plus modifier la copie qui a été rendue.
Ce qui ne dépend plus de moi
La note déjà donnée.
Ce qui dépend de moi
Ma manière de réagir, d'analyser mes erreurs et de préparer la prochaine évaluation.
Pour le stoïcisme, s'obstiner à vouloir contrôler ce qui ne dépend pas de nous conduit à la frustration. La liberté suppose au contraire de concentrer notre effort sur ce qui dépend réellement de nous.
Le stoïcisme est particulièrement utile pour traiter les sujets sur la liberté, le bonheur et la maîtrise de soi. Ce n'est pas forcément le philosophe central de la leçon, mais c'est une référence intéressante à mobiliser lorsque le sujet s'y prête.
1905 — 1980 · Existentialisme
Sartre défend une conception particulièrement radicale de la liberté.
Selon lui, l'être humain n'est pas défini par une nature ou une essence qui déterminerait à l'avance ce qu'il doit être.
Cela signifie notamment que l'être humain se définit progressivement par ses choix et ses actions.
Même lorsqu'il affirme ne pas avoir le choix, l'individu reste engagé par la manière dont il répond à sa situation.
Sartre analyse ce qu'il appelle la mauvaise foi.
La mauvaise foi consiste notamment à se présenter comme une chose déterminée, afin d'éviter d'assumer sa liberté.
Une telle affirmation transforme une situation actuelle en destin.
Pour Sartre, même si nous sommes influencés par notre passé et placés dans des circonstances que nous n'avons pas choisies, nous devons toujours décider de ce que nous faisons de cette situation.
Il ne faut pas comprendre Sartre comme disant que nous pouvons absolument tout faire. Notre situation impose des limites réelles. Son idée porte plutôt sur le fait que nous sommes responsables de la manière dont nous assumons et orientons notre existence.
Il serait faux de conclure : « Si je suis libre, je peux faire absolument tout ce que je veux. »
Nous sommes toujours placés dans une situation : notre époque, notre corps, notre histoire personnelle, notre environnement social, les autres individus…
Nous ne choisissons pas nécessairement ces conditions de départ. Mais nous pouvons avoir à choisir la manière dont nous les assumons.
Épictète
Apprendre à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas.
Sartre
Même dans une situation imposée, nous devons choisir la manière dont nous nous engageons dans cette situation.
Point commun
La liberté ne signifie pas contrôler absolument le monde extérieur.
Différence
Le stoïcisme insiste sur la maîtrise de notre jugement et de nos réactions ; Sartre insiste davantage sur notre responsabilité existentielle.
« Je suis libre lorsque personne ne m'empêche de faire ce que je veux. »
Mes désirs, mon inconscient et mon environnement peuvent influencer mes choix.
Être libre peut signifier être capable de réfléchir à ce qui nous détermine et de décider de notre conduite.
Le sujet semble d'abord évident. Pourtant, il faut interroger le terme « veut ».
Est-ce simplement : « avoir envie de quelque chose » ? Ou bien : « décider rationnellement de quelque chose » ?
On peut défendre l'idée que la liberté consiste à pouvoir satisfaire ses désirs sans subir de contrainte extérieure.
Mais un individu peut devenir dépendant de ses propres désirs. Faire systématiquement ce que l'on désire n'est donc pas nécessairement une forme de maîtrise de soi.
La liberté pourrait alors être définie non comme la simple satisfaction des désirs, mais comme la capacité à déterminer sa conduite après réflexion.
Spinoza :
nos désirs ont des causes.
Freud :
certaines motivations peuvent être inconscientes.
Kant :
être libre suppose l'autonomie de la raison.
Sartre :
nous sommes responsables de nos choix
dans une situation donnée.
La prochaine partie réunira les différentes conceptions étudiées afin de construire une véritable méthode de dissertation : déterminisme, libre arbitre, inconscient, morale, loi et autonomie.
Jusqu'ici, nous avons vu plusieurs manières de défendre la liberté. Mais une difficulté beaucoup plus radicale apparaît : et si nos choix étaient entièrement déterminés par des causes que nous ne contrôlons pas ?
Le déterminisme est l'idée selon laquelle tout événement possède des causes qui permettent de l'expliquer.
Appliqué à l'être humain, le déterminisme conduit à se demander si nos pensées, nos désirs et nos décisions ne sont pas eux-mêmes produits par des causes antérieures.
Le déterminisme ne signifie pas nécessairement que quelqu'un nous force extérieurement. Il signifie que notre action pourrait avoir des causes auxquelles nous n'échappons pas.
Imagine que tu choisis spontanément une boisson plutôt qu'une autre.
Tu peux dire :
Mais pourquoi la préfères-tu ?
Peut-être à cause de ton goût, de tes habitudes, de ton enfance, d'une publicité, d'une expérience passée, de ton état émotionnel du moment, etc.
On peut alors toujours demander :
Le problème philosophique apparaît : si chacun de mes choix possède des causes, qu'est-ce qui permet encore de parler de liberté ?
1632 — 1677 · Éthique
Spinoza défend une conception déterministe de la nature. Pour lui, rien n'arrive sans cause.
L'être humain fait partie de cette nature. Ses pensées, ses désirs et ses actions sont donc eux aussi soumis à des causes.
Autrement dit : être conscient de ce que l'on fait ne signifie pas forcément comprendre pourquoi on le fait.
Une personne dit :
Pour Spinoza, le fait qu'elle ait conscience de son désir ne signifie pas qu'elle soit consciente de toutes les causes de ce désir.
Son choix peut être influencé par son environnement, son histoire, ses habitudes, ses émotions ou encore les mécanismes qui ont produit son désir.
La liberté ne peut donc pas simplement être définie comme : « faire ce que je veux ». Il faut aussi comprendre pourquoi je veux ce que je veux.
Spinoza ne dit pas simplement : « L'être humain n'est pas libre, fin de l'histoire. »
Il propose plutôt une autre manière de comprendre la liberté.
Plus nous comprenons les causes qui déterminent nos comportements, plus nous pouvons agir avec lucidité au lieu de subir passivement nos passions.
Ignorance
Je subis les causes qui déterminent mes comportements sans les comprendre.
Connaissance
Je comprends davantage les causes qui m'affectent et je peux mieux orienter mon action.
1856 — 1939 · Psychanalyse
Freud radicalise le problème. Selon lui, une partie importante de notre vie psychique est inconsciente.
Cela signifie que nous pouvons avoir des pensées, des désirs ou des motivations dont nous n'avons pas clairement conscience.
Il représente notamment les pulsions et les désirs qui cherchent leur satisfaction.
Il tente de composer avec les exigences du monde, les pulsions et les interdits.
Il représente notamment les exigences morales, les interdits et les normes intériorisées.
Le modèle freudien permet de montrer que la conscience ne contrôle pas nécessairement toute notre vie psychique. Nos décisions peuvent être influencées par des processus inconscients.
Freud s'intéresse notamment aux lapsus : une personne prononce un mot alors qu'elle voulait en dire un autre.
Dans l'interprétation freudienne, ce type d'erreur peut parfois révéler un désir ou une pensée inconsciente.
Les notions de lapsus, rêve et acte manqué sont utiles pour comprendre la théorie freudienne. En dissertation, il faut cependant éviter de transformer chaque erreur en preuve automatique d'un désir inconscient.
La thèse freudienne crée une difficulté pour la conception classique de la liberté.
Si une partie de mes comportements est déterminée par des processus inconscients, alors ma conscience ne semble plus être totalement maîtresse de mes décisions.
Conception naïve
« Je suis conscient de mon choix, donc je suis libre. »
Objection de Freud
« Tu peux être conscient de ton action sans connaître toutes les causes qui ont produit ton désir. »
Spinoza
Nos actions ont des causes que nous ne connaissons pas toujours.
→ déterminisme
Freud
Une partie de notre vie psychique est inconsciente.
→ inconscient
Question commune
Peut-on être véritablement libre si des causes que nous ne maîtrisons pas influencent nos choix ?
Réponse possible
La liberté pourrait exiger une meilleure connaissance de ce qui nous détermine.
La question philosophique consiste à déterminer si nous sommes capables de nous situer comme véritable origine de cette chaîne.
Un événement possède des causes.
Il est donc explicable
par des conditions antérieures.
Certains événements seraient destinés à arriver quoi que nous fassions.
Ne jamais écrire :
« Le déterminisme signifie que tout est écrit
et que nous ne pouvons rien faire. »
Ce serait confondre déterminisme
et fatalisme.
À première vue, la responsabilité semble aller de pair avec la liberté : si j'ai librement choisi mon action, je peux en être tenu responsable.
Mais si mes actes sont influencés par des causes psychologiques, sociales ou inconscientes, puis-je être considéré comme leur auteur pleinement libre ?
Thèse
Je suis responsable parce que je peux choisir entre plusieurs actions.
Objection
Mes choix peuvent être déterminés par des causes que je ne maîtrise pas.
Dépassement
La responsabilité peut aussi supposer la capacité de comprendre, d'assumer et de modifier progressivement ce qui nous détermine.
Auteurs
Spinoza · Freud · Sartre
La dernière grande difficulté consistera à dépasser l'opposition entre « je suis totalement libre » et « je suis totalement déterminé ». Nous verrons comment penser une liberté compatible avec des contraintes.
Nous avons rencontré deux conceptions qui semblent s'opposer. D'un côté, l'être humain semble capable de choisir et de se déterminer. De l'autre, ses choix sont influencés par des contraintes, des causes et éventuellement par son inconscient. Faut-il alors choisir entre liberté et déterminisme ?
Une première définition paraît évidente : être libre, c'est ne pas être empêché.
Si personne ne m'interdit de sortir, si aucune porte ne m'empêche de passer et si aucune personne ne me force, je peux considérer que je suis libre de sortir.
Cette conception permet de distinguer la liberté de la contrainte.
Contrainte
Une force extérieure m'empêche d'accomplir ce que je veux.
Liberté
Je peux agir sans obstacle extérieur immédiat.
Imaginons quelqu'un qui affirme :
Mais supposons que cette personne soit incapable de résister à une envie. Elle veut fumer : elle fume. Elle veut acheter : elle achète. Elle veut se mettre en colère : elle se met en colère.
Peut-on réellement parler de liberté si la personne est incapable de maîtriser ses propres désirs ?
Faire ce que l'on veut n'est peut-être pas suffisant pour être libre. Il faut peut-être aussi être capable de vouloir ce que l'on fait.
Le mot autonomie vient du grec : autos = soi-même et nomos = loi.
Être autonome signifie donc, au sens philosophique, être capable de se donner à soi-même une règle.
1724 — 1804 · Critique de la raison pratique
Pour Kant, être libre ne signifie pas simplement suivre ses désirs.
Si j'agis uniquement parce que je suis poussé par mes envies, mes inclinations ou mes intérêts, je ne suis pas nécessairement autonome.
La liberté véritable suppose que je puisse agir selon une règle morale que ma raison reconnaît comme valable.
Chez Kant, liberté et autonomie sont étroitement liées : être libre, c'est ne pas être simplement déterminé par ses désirs, mais être capable d'agir conformément à la raison.
Tu veux tricher à un examen parce que tu penses pouvoir obtenir une meilleure note.
Ton désir immédiat te pousse à tricher. Mais tu peux décider :
Pour Kant, cette capacité à ne pas simplement suivre son inclination peut être une manifestation de la liberté.
Si une personne est libre, nous pouvons considérer qu'elle est capable de répondre de ses actes.
C'est précisément ce qui fonde l'idée de responsabilité : je peux être tenu responsable d'une action parce qu'elle peut m'être attribuée.
Liberté
Je peux me déterminer et choisir une manière d'agir.
Responsabilité
Je peux répondre de ce que j'ai fait.
Imagine qu'une personne me force physiquement à accomplir une action.
Peut-on alors considérer que cette action est véritablement la mienne au même sens que si je l'avais choisie ?
La contrainte extérieure semble donc réduire ma responsabilité.
Plus une action est imposée par une contrainte extérieure, plus il devient difficile de considérer l'individu comme pleinement responsable.
1905 — 1980 · L'existentialisme est un humanisme
Sartre défend une conception particulièrement radicale de la liberté.
Selon lui, l'être humain n'est pas défini une fois pour toutes par une essence ou une nature qui déterminerait ce qu'il doit être.
Cela signifie notamment que l'être humain se construit par ses choix et ses actes.
Je ne peux pas simplement dire :
« Je suis comme ça,
je n'y peux rien. »
Sartre insiste sur le fait
que nous avons à assumer
nos choix et notre manière
de répondre aux situations.
Sartre appelle mauvaise foi le fait de chercher à fuir sa liberté en se racontant que nous sommes entièrement déterminés par notre situation.
Exemple :
Pour Sartre, cette phrase peut devenir une manière de refuser la responsabilité de ses choix.
La notion de mauvaise foi est très utile pour approfondir une copie sur la liberté, mais elle n'est pas indispensable pour construire une dissertation correcte.
Sartre ne veut pourtant pas dire que nous pouvons absolument tout faire.
Nous sommes toujours placés dans une situation : une époque, un corps, une société, une histoire personnelle, des événements que nous n'avons pas choisis.
Nous ne choisissons pas toujours ce qui nous arrive. Mais nous pouvons parfois choisir la manière dont nous y répondons.
La volonté peut affirmer ou nier, choisir ou refuser.
→ libre arbitre
Nous sommes déterminés par des causes que nous ne connaissons pas toujours.
→ comprendre les causes
Être libre, c'est pouvoir agir selon une loi morale que la raison reconnaît.
→ liberté morale
L'être humain est condamné à être libre et doit assumer ses choix.
→ existence et choix
| Philosophe | Question | Idée |
|---|---|---|
| Descartes | Puis-je choisir ? | La volonté est libre. |
| Spinoza | Pourquoi choisis-je ? | Nos choix ont des causes. |
| Kant | Comment être autonome ? | Se donner une loi rationnelle. |
| Sartre | Que faire de ma liberté ? | Assumer ses choix. |
Étape 1 · Définir
Définis précisément « liberté », « choix », « contrainte », « autonomie » ou « responsabilité ».
Étape 2 · Problématiser
Montre qu'une première réponse paraît évidente mais rencontre une difficulté.
Étape 3 · Confronter
Utilise les philosophes pour faire apparaître plusieurs réponses possibles.
Étape 4 · Nuancer
Ne termine pas simplement par « oui » ou « non ». Montre ce que l'analyse a permis de comprendre.
Un philosophe n'est pas un argument décoratif.
Ne fais pas :
« Spinoza pense ceci.
Kant pense cela.
Sartre pense autre chose. »
Fais plutôt :
« Cette difficulté peut être éclairée
par Spinoza, pour qui… »
puis explique pourquoi
sa thèse répond au problème.
La liberté semble d'abord être la possibilité de réaliser sa volonté sans obstacle extérieur.
Si personne ne m'empêche de faire ce que je veux, je semble libre.
Spinoza et Freud permettent de remettre en question cette conception. Ce que je veux peut dépendre de causes que je ne maîtrise pas.
Avec Kant, on peut distinguer le simple fait de suivre ses désirs et la capacité de se donner rationnellement une règle.
Avec Sartre, on comprend que nous ne choisissons pas toutes les circonstances de notre existence. Mais nous pouvons encore réfléchir à la manière dont nous répondons à ces circonstances.
Je peux vouloir et choisir.
Plusieurs possibilités semblent s'offrir à moi.
Quelque chose peut limiter mon action.
Mes actions ont des causes.
Je ne connais pas toujours toutes les causes de mes actes.
Je peux me donner une règle.
Je peux répondre de mes actes.
Je dois assumer ce que je choisis.
La question de la liberté ne possède pas une réponse unique. Elle oblige à distinguer plusieurs sens du mot « libre » et à examiner les obstacles qui peuvent limiter notre capacité à nous déterminer.
Pouvoir se déterminer et agir selon sa volonté.
Contraintes, déterminismes, passions et inconscient.
Répondre de ses actes et assumer ses choix.
Une dissertation de philosophie commence toujours par la maîtrise précise des termes du sujet.
Liberté
Capacité de se déterminer soi-même et d'agir sans subir entièrement une volonté extérieure.
Libre arbitre
Pouvoir de choisir entre plusieurs possibilités et de déterminer sa propre action.
Contrainte
Force qui s'impose à un individu et limite sa possibilité d'agir comme il le souhaite.
Déterminisme
Principe selon lequel les événements sont déterminés par des causes antérieures.
Fatalisme
Idée selon laquelle certains événements doivent arriver quoi que nous fassions.
Autonomie
Capacité à se donner à soi-même sa propre règle.
Hétéronomie
Situation dans laquelle la règle de notre action vient d'une autre instance que nous-mêmes.
Responsabilité
Obligation de répondre de ses actes et de leurs conséquences.
Inconscient
Ensemble des processus psychiques qui échappent à la conscience.
Mauvaise foi
Chez Sartre, manière de fuir ou de masquer sa liberté en se présentant comme entièrement déterminé.
L'être humain dispose d'une volonté capable d'affirmer ou de nier, de poursuivre ou de fuir.
→ libre arbitre
Nous sommes déterminés par des causes que nous ne connaissons pas toujours.
→ comprendre les causes
La conscience ne suffit pas à expliquer l'ensemble de nos comportements.
→ désir inconscient
Être libre, c'est être capable d'agir selon une loi morale que la raison reconnaît.
→ liberté morale
L'être humain est libre et doit assumer les choix qui construisent son existence.
→ existence et choix
Tu n'as pas besoin de connaître toute l'œuvre de ces philosophes. Pour le Bac, il est préférable de maîtriser parfaitement une idée précise par auteur plutôt que d'accumuler des références mal comprises.
Une citation n'est jamais obligatoire dans une dissertation. Elle doit surtout être comprise et correctement reliée à ton argument.
Apprends surtout le sens des citations. Une citation approximative ou utilisée hors contexte peut fragiliser la copie.
❌ « Être libre = faire tout ce qu'on veut »
C'est seulement une première définition qu'il faut ensuite interroger.
❌ « Déterminisme = fatalisme »
Faux. Le déterminisme explique les événements par leurs causes ; le fatalisme affirme qu'ils doivent arriver quoi qu'on fasse.
❌ « Freud dit que tout est inconscient »
Freud ne supprime pas la conscience. Il montre qu'elle ne suffit pas à expliquer toute la vie psychique.
❌ Empiler les philosophes
Une dissertation n'est pas un catalogue d'auteurs. Chaque référence doit répondre à une difficulté précise.
Ces sujets sont des exercices de préparation. Ils ne constituent évidemment pas une liste de sujets prédictifs du Bac.
Demande-toi ce que signifie exactement « liberté » dans le sujet.
Quelle réponse semble immédiatement correcte ? Commence par elle.
Quelle objection empêche de s'arrêter à cette première réponse ?
Descartes → volonté. Spinoza → déterminisme. Freud → inconscient. Kant → autonomie. Sartre → responsabilité.
Ne cherche pas seulement à répondre « oui » ou « non ». Montre comment le problème transforme progressivement la définition de la liberté.
Définition : capacité de se déterminer et d'agir sans être entièrement soumis à une volonté extérieure ou à des déterminations inconscientes.
Problème : si nos choix ont des causes, sommes-nous encore libres ?
Descartes : la volonté possède une liberté qui permet de choisir.
Spinoza : nous ignorons souvent les causes qui déterminent nos désirs et nos actions.
Freud : une partie de notre vie psychique est inconsciente.
Kant : la liberté véritable est autonomie : agir selon une règle rationnelle que l'on se donne.
Sartre : l'être humain est responsable de ses choix et doit assumer sa liberté.
Clique sur une réponse. Le bouton indiquera immédiatement si ton choix est correct.
1. Que signifie le déterminisme ?
2. Quel philosophe est associé au déterminisme ?
3. Que désigne l'inconscient chez Freud ?
4. Pour Kant, quelle notion est particulièrement liée à la liberté ?
5. Que signifie « être responsable » ?
Au début de cette leçon, la liberté semblait relativement simple : être libre, c'était pouvoir choisir.
Mais nous avons découvert que nos choix peuvent être limités par des contraintes extérieures, influencés par nos désirs, déterminés par des causes et même influencés par des processus inconscients.
Pourtant, cela ne signifie pas nécessairement que toute liberté disparaît.
Avec Kant, nous avons vu que la liberté peut être pensée comme autonomie. Avec Spinoza, comprendre les causes qui nous déterminent peut permettre de mieux agir. Avec Sartre, nous avons vu l'importance de l'engagement et de la responsabilité.
Tu disposes maintenant des principales notions nécessaires pour traiter les sujets classiques sur la liberté, le déterminisme, l'inconscient, l'autonomie et la responsabilité.