Après avoir défini le bonheur, il faut maintenant examiner les premières grandes réponses philosophiques au problème. Épicure et les stoïciens pensent tous deux que nous pouvons travailler sur notre manière de vivre, mais ils ne proposent pas exactement le même chemin vers le bonheur.
Une première difficulté apparaît immédiatement : nous pensons souvent que nous serons heureux lorsque nous aurons obtenu ce que nous désirons. Mais si nos désirs sont sans limite, leur satisfaction peut-elle vraiment nous rendre heureux ?
Épicure est un philosophe grec né en 341 av. J.-C. et mort en 270 av. J.-C. Il fonde une école philosophique appelée le Jardin.
Sa philosophie cherche explicitement à répondre à une question pratique : comment vivre heureux ?
Pour Épicure, le bonheur ne consiste pas à accumuler toujours plus de plaisirs. Il faut au contraire apprendre à distinguer les désirs que nous pouvons satisfaire raisonnablement de ceux qui nous condamnent à une insatisfaction permanente.
Ils correspondent aux besoins dont la satisfaction permet de vivre et d'éviter certaines souffrances essentielles : se nourrir, boire, se protéger.
Certains désirs peuvent être naturels sans être indispensables. Leur satisfaction peut être agréable, mais leur absence n'empêche pas nécessairement de vivre heureux.
Richesse illimitée, gloire ou pouvoir absolu peuvent devenir des désirs impossibles à satisfaire définitivement. Plus nous obtenons, plus nous pouvons vouloir davantage.
Imagine une personne qui souhaite acheter une voiture. Elle pense d'abord qu'elle sera heureuse lorsqu'elle possédera cette voiture. Après l'achat, elle découvre un modèle plus récent et commence à le désirer à son tour. Puis un modèle encore plus luxueux apparaît. Le problème n'est donc pas seulement de posséder : c'est aussi de savoir quand s'arrêter de désirer.
Pour Épicure, pas nécessairement. Une personne qui multiplie sans cesse ses désirs peut être moins tranquille qu'une personne qui sait se satisfaire de ce qui est réellement nécessaire. Le bonheur suppose donc une forme de maîtrise du désir.
Nous pouvons désirer quelque chose sans que cette chose soit réellement nécessaire à notre existence.
La multiplication des plaisirs n'entraîne pas automatiquement une existence heureuse.
Les stoïciens proposent une autre manière de penser le bonheur. Au lieu de chercher à obtenir tout ce que nous désirons, il faut apprendre à distinguer ce qui dépend réellement de nous de ce qui échappe à notre pouvoir.
Épictète, philosophe stoïcien, est né vers 50 et mort vers 135.
Sa pensée insiste sur une distinction fondamentale : certaines choses dépendent de nous, tandis que d'autres ne dépendent pas de nous.
Nos jugements, nos choix et notre manière de réagir constituent le domaine sur lequel nous pouvons travailler. En revanche, les événements extérieurs ne sont pas entièrement soumis à notre volonté.
Nous pouvons réfléchir à la manière dont nous interprétons une situation et essayer de modifier nos réactions.
Même lorsque nous ne contrôlons pas une situation, nous pouvons parfois choisir la manière dont nous allons y répondre.
Nous ne décidons pas de tout ce qui arrive : accidents, maladie, météo, décisions des autres, vieillissement ou événements historiques.
Deux élèves reçoivent la même mauvaise note. Le premier pense : « Je suis incapable, je vais forcément échouer. » Le second pense : « Cette note montre ce que je dois encore améliorer. » L'événement est identique. Pourtant, leur rapport à l'événement est différent.
Être stoïcien ne consiste pas simplement à devenir insensible. L'idée centrale est plutôt de ne pas faire dépendre toute notre tranquillité de choses que nous ne pouvons pas contrôler. Le travail philosophique porte donc sur notre rapport aux événements.
Épicure et Épictète donnent tous deux une place importante à notre manière de vivre. Mais leurs conceptions peuvent sembler sous-estimer une difficulté : certaines circonstances extérieures ont réellement un poids sur notre existence.
Une maladie grave, un deuil ou une situation de grande précarité ne sont pas de simples opinions que nous pourrions faire disparaître en changeant de jugement.
Notre caractère, notre éducation, notre milieu social et les circonstances historiques influencent fortement notre manière de vivre.
L'amitié, l'amour, la reconnaissance ou l'appartenance à une communauté peuvent jouer un rôle essentiel dans une vie heureuse.
Il faut éviter deux extrêmes. D'un côté, penser que nous sommes totalement impuissants face à notre bonheur. De l'autre, croire qu'une personne pourrait toujours être heureuse si elle adoptait simplement la bonne attitude. La difficulté philosophique consiste à déterminer jusqu'où s'étend notre pouvoir sur notre propre bonheur.
Au Bac, il ne suffit pas de citer un philosophe. Il faut utiliser sa pensée pour répondre précisément à la question posée.
« On pourrait d'abord soutenir que le bonheur dépend en partie de notre manière de désirer. En effet, si nos désirs sont constamment renouvelés, leur satisfaction ne suffit jamais à produire une tranquillité durable. La réflexion d'Épicure permet alors de distinguer les désirs réellement nécessaires des désirs vains. Cependant, cette maîtrise du désir ne semble pas suffire : certaines circonstances extérieures peuvent affecter profondément notre existence. »
Ces termes permettent de construire des copies plus précises. Clique sur un mot pour afficher sa définition.
Nous confronterons les conceptions antiques à d'autres grandes philosophies du bonheur. Aristote permettra notamment de penser le bonheur comme une vie accomplie, tandis que Kant et Schopenhauer conduiront à interroger la possibilité même de vouloir être heureux.