Après Épicure et les stoïciens, une autre conception du bonheur apparaît : être heureux ne consisterait pas seulement à éprouver des plaisirs ou à maîtriser ses désirs, mais à réussir sa vie dans son ensemble. Aristote donne à cette idée une formulation majeure.
Pour Aristote, le bonheur n'est pas simplement un sentiment agréable. Il désigne une manière de vivre et d'agir qui permet à l'être humain de réaliser pleinement ses capacités.
Le terme grec eudaimonia, souvent traduit par « bonheur », peut aussi être compris comme accomplissement ou vie réussie.
Dans l'Éthique à Nicomaque, Aristote cherche à comprendre quel est le bien suprême que l'être humain recherche pour lui-même.
Sa réponse est le bonheur : mais être heureux ne signifie pas simplement ressentir une émotion agréable à un moment donné.
Pour Aristote, une vie heureuse est une vie dans laquelle l'être humain exerce correctement ses facultés et agit conformément à la vertu. Le bonheur se construit donc dans la durée. Une personne ne devient pas heureuse simplement parce qu'elle éprouve aujourd'hui un plaisir intense.
Aristote considère que l'être humain possède des capacités spécifiques, notamment la capacité de raisonner. Une bonne vie consiste donc à développer ces capacités et à agir de manière excellente.
Le courage, la justice, la générosité ou encore la tempérance sont des qualités qui permettent d'agir correctement dans différentes situations.
La vertu n'est pas simplement une connaissance théorique. Elle se forme progressivement par l'habitude et la répétition de bonnes actions.
La bonne action n'est pas toujours identique. Il faut savoir déterminer, dans une situation donnée, ce qui constitue une réponse appropriée.
Une personne courageuse peut ressentir de la peur. Ce qui compte est qu'elle sache agir correctement malgré cette peur. Aristote permet ainsi de distinguer une émotion ressentie d'une manière rationnelle de se comporter.
Aristote ne pense pas que nous soyons totalement indépendants des circonstances extérieures. Une vie heureuse nécessite certaines conditions matérielles et sociales.
Même une personne vertueuse peut connaître la maladie, le deuil, la pauvreté ou l'injustice. Le bonheur semble donc dépendre à la fois de notre manière de vivre et de certaines conditions extérieures.
Notre attitude et nos choix jouent un rôle important, mais ils ne suffisent pas nécessairement à neutraliser toutes les difficultés de l'existence.
Être capable de se gouverner soi-même ne signifie pas être capable de contrôler le monde extérieur.
Kant introduit une difficulté décisive : nous voulons être heureux, mais savons-nous réellement ce qui nous rendra heureux ?
Emmanuel Kant (1724–1804) distingue notamment le bonheur de la moralité.
Pour lui, le bonheur correspond à la satisfaction de toutes nos inclinations et désirs. Mais l'être humain ne dispose pas d'un concept suffisamment précis du bonheur pour savoir avec certitude quelle existence future lui procurera cette satisfaction.
Ce que nous croyons être une condition du bonheur peut finalement produire l'effet inverse.
Un élève peut penser que l'obtention d'un diplôme lui apportera nécessairement le bonheur. Pourtant, après l'avoir obtenu, il peut ressentir une nouvelle inquiétude, découvrir d'autres objectifs ou constater que ce succès ne répondait pas exactement à ses attentes. Nous pouvons donc nous tromper sur les conditions de notre propre bonheur futur.
Nous pouvons identifier certaines conditions qui favorisent le bonheur, mais il est difficile de connaître avec certitude l'ensemble des conditions qui rendraient une personne heureuse dans toutes les circonstances. Le bonheur possède donc une dimension incertaine.
Kant refuse surtout de faire du bonheur le fondement de la morale. Si nous accomplissons une action uniquement parce qu'elle nous rend heureux, notre action ne possède pas nécessairement une valeur morale.
Une action moralement bonne doit être accomplie par devoir , et non simplement parce qu'elle correspond à notre intérêt personnel.
Une personne peut rechercher son bonheur sans agir moralement. Inversement, accomplir son devoir peut parfois entrer en conflit avec notre intérêt personnel.
Schopenhauer radicalise une intuition déjà présente chez les philosophes antiques : tant que nous désirons quelque chose que nous n'avons pas, nous ressentons un manque. Mais lorsque nous obtenons ce que nous voulions, un nouveau problème apparaît.
Arthur Schopenhauer (1788–1860) développe une philosophie profondément pessimiste dans laquelle la volonté joue un rôle central.
L'être humain est constamment poussé par des désirs. Tant qu'il désire, il ressent un manque. Lorsqu'il obtient ce qu'il désirait, la satisfaction ne dure pas nécessairement.
Il risque alors de retomber dans un nouvel état de manque ou dans l'ennui.
Avant l'achat, nous pensons constamment à l'objet. Nous imaginons la satisfaction qu'il procurera. Après l'achat, l'excitation peut progressivement diminuer. Quelques mois plus tard, un nouveau modèle apparaît et le désir recommence.
Si la satisfaction d'un désir ne produit qu'un plaisir temporaire avant l'apparition d'un nouveau désir, il devient difficile de définir le bonheur comme une satisfaction permanente. Schopenhauer conduit ainsi à interroger l'idée même d'un bonheur durable.
Les philosophes ne donnent pas tous la même réponse. Cette confrontation est particulièrement utile pour construire une dissertation.
Apprendre à limiter les désirs inutiles.
Ne pas faire dépendre notre tranquillité de ce qui échappe à notre pouvoir.
Développer nos capacités et vivre conformément à la vertu.
Reconnaître que nous ne savons pas toujours précisément ce qui nous rendra heureux.
Comprendre que le désir peut être une source permanente d'insatisfaction.
Ces distinctions permettent d'éviter les contresens fréquents dans une dissertation.
Bonheur / plaisir
Le plaisir peut être ponctuel. Le bonheur désigne généralement une satisfaction plus globale et plus durable de l'existence.
Bonheur / joie
La joie peut désigner une expérience affective intense liée à un événement particulier. Le bonheur possède une dimension plus globale.
Bonheur / satisfaction
Satisfaire un désir ne signifie pas nécessairement avoir réussi son existence dans son ensemble.
Bonheur / morale
Être heureux et agir moralement sont deux questions différentes. Chez Kant notamment, la moralité ne dépend pas de la recherche du bonheur.
Les philosophies étudiées montrent que le bonheur ne peut pas être réduit à une simple accumulation de plaisirs.
La dernière partie transformera ces connaissances en outils directement utilisables au Bac : méthode de dissertation, sujets d'entraînement, formulations utiles, fiche de révision et quiz interactif.