Le bonheur semble être ce que nous recherchons tous, mais savons-nous réellement ce qui peut nous rendre heureux ? Faut-il satisfaire ses désirs, apprendre à les maîtriser, développer ses qualités, accepter ce qui ne dépend pas de nous ou renoncer à vouloir contrôler notre existence ? La philosophie transforme ainsi une aspiration ordinaire en véritable problème philosophique.
Nous désirons spontanément être heureux. Pourtant, nous ne savons pas toujours ce qui nous rendra heureux, et ce qui nous procure du plaisir à court terme peut parfois nous rendre malheureux à long terme.
Si le bonheur consiste à satisfaire nos désirs, alors il semblerait qu'il suffise d'obtenir ce que l'on veut.
Certains désirs sont impossibles à satisfaire, d'autres sont contradictoires et certains peuvent même produire davantage de souffrance.
Si le bonheur dépend en partie de notre manière de vivre, de désirer et de juger les choses, pouvons-nous apprendre à être heureux ?
Avant de discuter du bonheur, il faut éviter plusieurs confusions très fréquentes.
Le plaisir peut être ponctuel et lié à une sensation particulière. Le bonheur désigne plutôt un état relativement durable qui concerne l'existence dans son ensemble.
→ Un plaisir n'est pas nécessairement un bonheur.
La joie peut désigner une expérience affective intense et momentanée. Le bonheur renvoie davantage à une manière globale de vivre.
→ Une joie peut participer au bonheur sans se confondre avec lui.
Posséder de l'argent, réussir professionnellement ou obtenir une reconnaissance sociale ne garantit pas automatiquement une vie heureuse.
→ Réussir n'est pas nécessairement être heureux.
Épicure propose une réponse particulièrement importante à la question du bonheur : si nous voulons être heureux, nous devons apprendre à distinguer nos désirs.
Pour Épicure, nous pouvons distinguer les désirs naturels et nécessaires, les désirs naturels mais non nécessaires, et les désirs qui ne sont ni naturels ni nécessaires.
Ils correspondent à des besoins fondamentaux, comme boire lorsque l'on a soif.
Ils peuvent apporter du plaisir mais ne sont pas indispensables à notre existence.
Ils correspondent notamment à des désirs liés à la richesse, au prestige ou à la gloire.
Pour Épicure, le bonheur ne consiste pas à multiplier les désirs mais à apprendre à distinguer ceux qu'il est raisonnable de satisfaire.
Les stoïciens proposent une autre manière de rechercher le bonheur : plutôt que d'essayer de contrôler le monde, il faut apprendre à distinguer ce qui dépend réellement de nous.
Épictète permet de défendre l'idée selon laquelle nous pouvons augmenter notre liberté intérieure en cessant d'exiger que le monde corresponde exactement à nos attentes.
Aristote refuse de réduire le bonheur à un simple état de plaisir. Une vie heureuse est une vie qui s'accomplit dans l'action et conformément à la vertu.
Une personne ne peut pas être considérée comme heureuse simplement parce qu'elle connaît un moment agréable. Le bonheur concerne la manière dont une existence entière se réalise.
Être heureux n'est pas simplement ressentir quelque chose. Il s'agit de vivre et d'agir d'une manière qui réalise les capacités humaines.
La vertu désigne une disposition acquise à bien agir. Elle permet à l'être humain de développer pleinement ses capacités.
« Le bonheur est une activité de l'âme conforme à la vertu. »
Aristote, Éthique à NicomaqueKant introduit une difficulté décisive : nous désirons être heureux, mais sommes-nous capables de déterminer avec certitude ce qui nous rendra heureux ?
Le bonheur est une aspiration universelle.
Une décision qui semble promettre le bonheur peut finalement produire l'effet inverse.
Pour Kant, le bonheur ne peut pas constituer le fondement de la morale. Faire ce qui est moralement juste ne revient pas simplement à chercher ce qui nous rendra personnellement heureux.
Schopenhauer radicalise la critique du désir. Selon lui, notre existence est profondément marquée par une volonté qui nous pousse constamment à vouloir ce que nous n'avons pas.
Je désire quelque chose que je ne possède pas.
Tant que je ne l'obtiens pas, je ressens un manque ou une frustration.
J'obtiens finalement ce que je désirais.
La satisfaction ne dure pas nécessairement : un nouveau désir apparaît.
Si le désir est toujours source de souffrance, faut-il alors supprimer tous les désirs ? Cette conclusion semble excessive : une existence totalement privée de désir pourrait également sembler dépourvue de projets et d'élan.
Les philosophes ne donnent pas simplement quatre réponses différentes. Ils permettent surtout de faire apparaître plusieurs dimensions du problème.
Épicure
Le bonheur suppose de trier les désirs et de rechercher une vie simple.
→ « Quels désirs dois-je satisfaire ? »
Épictète
Le bonheur dépend en partie de notre capacité à distinguer ce qui dépend de nous.
→ « Que puis-je réellement maîtriser ? »
Aristote
Le bonheur correspond à l'accomplissement d'une vie conforme à la vertu.
→ « Quelle vie mérite d'être vécue ? »
Kant
Nous désirons le bonheur mais ne savons pas toujours avec certitude ce qui nous rendra heureux.
→ « Puis-je connaître mon bonheur à l'avance ? »
Schopenhauer
Le désir peut nous enfermer dans un cycle de manque et de satisfaction provisoire.
→ « Le désir peut-il vraiment nous satisfaire ? »
Le but n'est pas de réciter cinq philosophes. Il faut construire une progression logique.
Demande-toi ce que signifie « bonheur » dans le sujet. Attention aux confusions avec le plaisir, la réussite ou la satisfaction d'un désir.
Exemple : « Si le bonheur consiste à satisfaire nos désirs, pourquoi la satisfaction d'un désir ne suffit-elle pas toujours à nous rendre durablement heureux ? »
Une première partie peut défendre une conception spontanée du bonheur. Une deuxième peut montrer ses limites. Une troisième peut chercher une conception plus exigeante du bonheur.
Par exemple : Épicure permet de montrer qu'il faut sélectionner ses désirs, tandis que Schopenhauer permet de mettre en évidence la difficulté d'une satisfaction durable.
« On pourrait d'abord penser que… »
« Cependant, cette conception rencontre une difficulté… »
« Alors qu'Épicure…, Schopenhauer permet de montrer que… »
« Le problème n'est donc peut-être pas de supprimer… mais d'apprendre à… »
Entraînement — pas des sujets prédictifs du Bac. Ces sujets permettent de s'exercer à problématiser la notion de bonheur.
Interroger la possibilité d'une véritable éducation au bonheur. Épicure et Épictète sont particulièrement utiles.
Confronter la maîtrise intérieure défendue par les stoïciens aux conditions extérieures de l'existence.
Étudier le rapport entre désir et bonheur avec Épicure et Schopenhauer.
Permet de confronter notamment la conception aristotélicienne du bonheur et la réflexion kantienne sur la morale.
Interroger la possibilité d'une sélection rationnelle des désirs.
Permet de mettre en relation bonheur, désir, autonomie et maîtrise de soi.
État de satisfaction relativement durable qui concerne l'existence dans son ensemble.
Le plaisir peut être ponctuel ; le bonheur concerne une vie dans son ensemble.
Le bonheur suppose de distinguer les désirs et de limiter ceux qui sont vains ou superflus.
Il faut distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas.
Le bonheur est lié à une activité conforme à la vertu et à l'accomplissement humain.
Nous voulons être heureux mais ne savons pas toujours exactement ce qui nous rendra heureux.
Le désir peut conduire du manque à une satisfaction provisoire puis à un nouveau désir.
« Le bonheur est une idée si indéterminée… »
Kant, Fondation de la métaphysique des mœurs« Le bonheur est une activité de l'âme conforme à la vertu. »
Aristote, Éthique à NicomaqueIl peut aussi dépendre de notre manière de désirer, de juger, d'agir et de donner une orientation à notre existence. Mais la philosophie montre également que nous ne contrôlons jamais entièrement les conditions de notre bonheur.
Une dernière vérification avant de terminer la leçon. Choisis une réponse pour chaque question puis affiche ton score.
La philosophie ne donne pas une recette universelle du bonheur. Elle permet plutôt de comprendre que notre rapport au bonheur dépend à la fois de nos désirs, de nos jugements, de nos actions et de circonstances que nous ne maîtrisons pas entièrement.
Nous quitterons la question du bonheur pour étudier un nouveau problème : faut-il toujours chercher la vérité ?