Philosophie · Terminale générale ·Leçon 5 / 12·Vérité
Leçon 5 · Partie 3

Vérité — Faut-il toujours chercher la vérité ?

Après avoir étudié les grands philosophes de la vérité, il faut maintenant confronter leurs réponses, tester leurs thèses à partir d'exemples concrets et maîtriser les distinctions qui permettent d'éviter les contresens.

IV · Confrontation

Les philosophes ne répondent pas à la même question

Connaître la vérité, chercher la vérité et défendre la vérité dans la société sont trois problèmes différents. Une bonne copie de philosophie ne juxtapose donc pas des auteurs : elle montre comment leurs pensées se répondent, se complètent ou s'opposent.

01 · Le point de départ

Platon : dépasser l'opinion

Le premier obstacle à la vérité est notre tendance à prendre pour réel ce qui nous apparaît immédiatement comme tel. L'opinion peut donner l'impression de savoir alors qu'elle n'a pas été véritablement examinée.

→ Problème : apparence / réalité

02 · La méthode

Descartes : examiner nos croyances

Même lorsque nous pensons savoir, nous devons pouvoir justifier ce que nous affirmons. Le doute méthodique permet de rechercher un fondement suffisamment certain plutôt que de faire confiance à l'habitude ou au simple témoignage des sens.

→ Problème : croyance / certitude

03 · La limite

Kant : savoir jusqu'où l'on peut savoir

La recherche de la vérité ne signifie pas que nous pouvons répondre légitimement à toutes les questions. La raison doit aussi déterminer les conditions et les limites de la connaissance.

→ Problème : connaissance / prétention au savoir

04 · La valeur

Nietzsche : pourquoi vouloir le vrai ?

Même si nous savons comment rechercher la vérité, une autre question demeure : pourquoi accordons-nous à la vérité une telle valeur ? Nietzsche transforme ainsi la question de la connaissance en question sur notre volonté de vérité.

→ Problème : vérité / valeur

05 · Le monde commun

Arendt : quand les faits deviennent politiques

Certaines vérités concernent des événements qui ont effectivement eu lieu. Les vérités de fait jouent alors un rôle essentiel dans la constitution d'un monde commun, même lorsque les citoyens divergent ensuite sur leur interprétation ou leur signification.

→ Problème : vérité / mensonge / politique

06 · Synthèse

Une même notion, plusieurs problèmes

La vérité n'est donc pas seulement une question de définition. Il faut aussi demander comment nous pouvons la connaître, pourquoi nous voulons la connaître, quelles sont les limites de notre savoir et quelles conséquences son effacement peut avoir dans la vie collective.

→ Définir · connaître · vouloir · partager

La chaîne du problème

À retenir pour construire une dissertation

1. Puis-je me fier à ce qui m'apparaît ?

Platon : l'apparence et l'opinion ne suffisent pas.

2. Comment établir solidement ce que j'affirme ?

Descartes : il faut examiner les fondements de nos croyances.

3. Puis-je connaître tout ce que je cherche à connaître ?

Kant : connaître implique aussi reconnaître des limites.

4. Pourquoi la vérité devrait-elle être une valeur absolue ?

Nietzsche : la volonté de vérité doit elle-même être interrogée.

5. Que se passe-t-il si nous ne partageons plus les mêmes faits ?

Arendt : la destruction des vérités de fait fragilise le monde commun.

↑ La bonne dissertation fait progresser ces questions.

MÉTHODE 01

Ne présente pas les auteurs comme cinq paragraphes indépendants. Utilise-les pour faire avancer ton problème.

MÉTHODE 02

Une opposition philosophique est utile lorsqu'elle permet de faire apparaître une difficulté que la première réponse ne résolvait pas.

MÉTHODE 03

Une pensée peut compléter une autre sans être entièrement d'accord avec elle. « Compléter » ne signifie pas « dire la même chose ».

V · Exemples

Quand la vérité devient concrète

Un exemple philosophique n'est pas une décoration. Il sert à rendre une idée visible, à tester un raisonnement ou à faire apparaître une difficulté. Pour le Bac, il faut donc apprendre à expliquer ce que l'exemple démontre.

L'illusion perceptive

Un objet peut sembler différent selon la lumière, la perspective ou le contexte dans lequel nous le percevons. Cela montre que l'expérience immédiate ne garantit pas à elle seule l'exactitude de notre jugement.

→ Sensation ≠ vérité garantie

La rumeur

Une information répétée de nombreuses fois peut finir par sembler crédible sans que sa répétition constitue une preuve. La familiarité d'une affirmation ne suffit donc pas à établir sa vérité.

→ Répétition ≠ démonstration

Le diagnostic médical

Un médecin doit distinguer ce que le patient ressent, les hypothèses qu'il formule et ce que les examens permettent effectivement d'établir. L'exemple montre l'importance d'une méthode de vérification.

→ Hypothèse → examen → conclusion justifiée

Le témoignage

Un témoignage peut être sincère tout en étant inexact. La mémoire, l'attention et l'interprétation peuvent modifier le souvenir d'un événement. Il faut donc distinguer la bonne foi de la vérité du récit.

→ Sincérité ≠ exactitude

La démonstration mathématique

En mathématiques, une proposition n'est pas tenue pour vraie simplement parce qu'elle paraît évidente. Elle doit pouvoir être établie à partir de règles et de prémisses selon un raisonnement valide.

→ Conviction ≠ démonstration

La photographie et la réalité

Une photographie peut fournir une information sur un événement tout en sélectionnant un angle, un moment et un cadrage. Elle peut donc être un document utile sans constituer à elle seule une reproduction exhaustive du réel.

→ Trace du réel ≠ totalité du réel

Le mensonge politique

Mentir sur un événement ne consiste pas seulement à tromper une personne particulière. Lorsque des faits communs sont volontairement déformés, il devient plus difficile pour les citoyens de discuter rationnellement de ce qui s'est réellement produit.

→ Faits communs → discussion publique

La croyance rassurante

Une personne peut préférer croire qu'une situation va bien alors que plusieurs indices montrent le contraire. L'exemple permet d'introduire la difficulté soulevée par Nietzsche : voulons-nous toujours réellement savoir ce qui est vrai ?

→ Vérité difficile ≠ vérité inutile

Exemple faible → exemple philosophique

Une différence essentielle dans la dissertation

Exemple faible : « Les fake news montrent qu'il faut chercher la vérité. »

Pourquoi est-ce insuffisant ? L'exemple est seulement cité. On ne sait pas précisément ce qu'il démontre ni quel problème philosophique il permet d'éclairer.

Exemple travaillé : « Une information fausse peut être massivement relayée avant même d'avoir été vérifiée. Sa diffusion montre que le nombre de personnes qui croient une proposition ne constitue pas une preuve de sa vérité : il faut donc distinguer l'adhésion collective et la justification rationnelle d'une affirmation. »

VI · Distinctions

Les distinctions indispensables

La plupart des erreurs dans une dissertation viennent de notions que l'on confond. Maîtriser une distinction, ce n'est pas apprendre deux définitions : c'est comprendre pourquoi deux concepts ne doivent pas être identifiés.

Vérité / réalité

La réalité désigne ce qui est. La vérité qualifie notamment un jugement, une proposition ou une connaissance lorsqu'ils sont conformes à ce qui est effectivement le cas.

→ La réalité n'est pas une opinion ; une proposition peut être vraie ou fausse.

Vérité / certitude

La certitude concerne l'état de conviction du sujet. La vérité concerne la validité de ce qui est affirmé. On peut être certain et se tromper.

→ Conviction subjective ≠ vérité objective

Vérité / opinion

Une opinion est un jugement que l'on tient pour vrai, mais qui peut ne pas être suffisamment justifié. Une opinion peut être vraie sans être pour autant une connaissance solidement établie.

→ Avoir raison par hasard ≠ savoir pourquoi

Erreur / mensonge

L'erreur consiste à tenir pour vrai ce qui est faux sans intention nécessaire de tromper. Le mensonge implique au contraire une volonté de tromper en présentant comme vrai ce que l'on sait faux.

→ Se tromper ≠ tromper volontairement

Ignorance / erreur

Ignorer quelque chose signifie ne pas savoir. Se tromper signifie prendre pour vrai ce qui est faux. L'ignorance peut donc être moins dangereuse que l'erreur : celui qui sait qu'il ne sait pas peut encore chercher.

→ « Je ne sais pas » ≠ « je sais que… » à tort

Doute / relativisme

Douter d'une proposition signifie suspendre ou limiter son assentiment parce que sa justification est insuffisante. Dire que « chacun a sa vérité » est une thèse beaucoup plus forte : elle peut conduire à nier qu'une proposition puisse être objectivement vraie ou fausse.

→ Douter ≠ affirmer que tout se vaut

Vérité / utilité

Une proposition peut être utile sans être vraie, et une vérité peut être peu utile immédiatement. Il faut donc éviter de définir la vérité uniquement par les conséquences pratiques qu'elle produit.

→ Utile ≠ nécessairement vrai

Vérité / interprétation

Reconnaître qu'un fait peut recevoir plusieurs interprétations ne signifie pas que le fait lui-même cesse d'avoir une réalité. Plusieurs interprétations peuvent porter sur un même événement effectivement survenu.

→ Désaccord sur le sens ≠ absence de faits

Le piège du relativisme

Une distinction à savoir argumenter

Affirmation : « Chacun a sa vérité. »

Problème : certaines choses dépendent effectivement du point de vue ou du jugement personnel, mais cela ne signifie pas que toute proposition soit vraie simplement parce qu'une personne la croit vraie.

Distinction : il faut distinguer les préférences et les interprétations personnelles des propositions qui prétendent décrire un état de fait.

↑ Une distinction sert à éviter un faux problème.

À NE PAS ÉCRIRE

« Puisque chacun pense différemment, personne ne peut avoir tort. »

À NUANCER

Il existe des désaccords légitimes sur l'interprétation, les valeurs ou les goûts sans que cela supprime toute possibilité de vérité.

BON RÉFLEXE

Avant de conclure qu'une vérité est « subjective », demande-toi : parle-t-on d'un goût, d'une interprétation, d'une valeur ou d'un fait ?

DISTINCTION 01

Vrai ≠ certain

Une conviction intense ne constitue pas une preuve. Cette distinction permet de comprendre pourquoi la recherche de la vérité exige une justification et pas seulement une adhésion subjective.

→ Descartes

DISTINCTION 02

Doute ≠ ignorance

Douter n'est pas simplement ne rien savoir. Le doute peut être une démarche active permettant d'examiner les raisons de croire une proposition avant de l'accepter.

→ Doute méthodique

DISTINCTION 03

Limite ≠ impossibilité

Reconnaître qu'une question dépasse les possibilités actuelles ou légitimes de notre connaissance ne revient pas à dire que toute connaissance est impossible.

→ Kant

DISTINCTION 04

Illusion ≠ mensonge

Une illusion peut tromper quelqu'un sans qu'une personne ait volontairement cherché à le tromper. Le mensonge implique quant à lui une intention de tromper.

→ Erreur / intention

DISTINCTION 05

Désaccord ≠ relativisme

Le fait que plusieurs personnes ne soient pas d'accord ne prouve pas qu'il n'existe aucune vérité. Le désaccord peut au contraire être le point de départ d'une recherche commune.

→ Débat rationnel

DISTINCTION 06

Fait ≠ interprétation

Un événement peut être établi comme ayant eu lieu tout en donnant lieu à des interprétations différentes. Confondre ces deux niveaux conduit à relativiser abusivement les faits.

→ Arendt

Les cinq mouvements

  • Platon : dépasser l'opinion et les apparences.
  • Descartes : rechercher un fondement certain.
  • Kant : déterminer les limites de la connaissance.
  • Nietzsche : interroger la valeur de la volonté de vérité.
  • Arendt : préserver les vérités de fait dans le monde commun.

Les réflexes à acquérir

  • Ne jamais confondre vérité et certitude.
  • Ne pas confondre erreur et mensonge.
  • Faire d'un exemple un véritable argument.
  • Utiliser les auteurs pour faire progresser le problème.
  • Distinguer désaccord, interprétation et relativisme.