Après avoir étudié les grands philosophes de la vérité, il faut maintenant confronter leurs réponses, tester leurs thèses à partir d'exemples concrets et maîtriser les distinctions qui permettent d'éviter les contresens.
Connaître la vérité, chercher la vérité et défendre la vérité dans la société sont trois problèmes différents. Une bonne copie de philosophie ne juxtapose donc pas des auteurs : elle montre comment leurs pensées se répondent, se complètent ou s'opposent.
Le premier obstacle à la vérité est notre tendance à prendre pour réel ce qui nous apparaît immédiatement comme tel. L'opinion peut donner l'impression de savoir alors qu'elle n'a pas été véritablement examinée.
→ Problème : apparence / réalité
Même lorsque nous pensons savoir, nous devons pouvoir justifier ce que nous affirmons. Le doute méthodique permet de rechercher un fondement suffisamment certain plutôt que de faire confiance à l'habitude ou au simple témoignage des sens.
→ Problème : croyance / certitude
La recherche de la vérité ne signifie pas que nous pouvons répondre légitimement à toutes les questions. La raison doit aussi déterminer les conditions et les limites de la connaissance.
→ Problème : connaissance / prétention au savoir
Même si nous savons comment rechercher la vérité, une autre question demeure : pourquoi accordons-nous à la vérité une telle valeur ? Nietzsche transforme ainsi la question de la connaissance en question sur notre volonté de vérité.
→ Problème : vérité / valeur
Certaines vérités concernent des événements qui ont effectivement eu lieu. Les vérités de fait jouent alors un rôle essentiel dans la constitution d'un monde commun, même lorsque les citoyens divergent ensuite sur leur interprétation ou leur signification.
→ Problème : vérité / mensonge / politique
La vérité n'est donc pas seulement une question de définition. Il faut aussi demander comment nous pouvons la connaître, pourquoi nous voulons la connaître, quelles sont les limites de notre savoir et quelles conséquences son effacement peut avoir dans la vie collective.
→ Définir · connaître · vouloir · partager
Platon et Descartes nous apprennent à nous méfier de l'opinion et à rechercher une connaissance fondée. Kant nous oblige ensuite à interroger les limites de cette connaissance. Nietzsche déplace encore la question : avant de défendre la recherche du vrai, pourquoi ne pas interroger la valeur que nous lui accordons ? Arendt montre enfin que cette question ne reste pas individuelle : elle concerne aussi notre capacité à partager un monde de faits communs.
La chaîne du problème
À retenir pour construire une dissertation
1. Puis-je me fier à ce qui m'apparaît ?
→ Platon : l'apparence et l'opinion ne suffisent pas.
2. Comment établir solidement ce que j'affirme ?
→ Descartes : il faut examiner les fondements de nos croyances.
3. Puis-je connaître tout ce que je cherche à connaître ?
→ Kant : connaître implique aussi reconnaître des limites.
4. Pourquoi la vérité devrait-elle être une valeur absolue ?
→ Nietzsche : la volonté de vérité doit elle-même être interrogée.
5. Que se passe-t-il si nous ne partageons plus les mêmes faits ?
→ Arendt : la destruction des vérités de fait fragilise le monde commun.
↑ La bonne dissertation fait progresser ces questions.
Ne présente pas les auteurs comme cinq paragraphes indépendants. Utilise-les pour faire avancer ton problème.
Une opposition philosophique est utile lorsqu'elle permet de faire apparaître une difficulté que la première réponse ne résolvait pas.
Une pensée peut compléter une autre sans être entièrement d'accord avec elle. « Compléter » ne signifie pas « dire la même chose ».
Un exemple philosophique n'est pas une décoration. Il sert à rendre une idée visible, à tester un raisonnement ou à faire apparaître une difficulté. Pour le Bac, il faut donc apprendre à expliquer ce que l'exemple démontre.
L'illusion perceptive
Un objet peut sembler différent selon la lumière, la perspective ou le contexte dans lequel nous le percevons. Cela montre que l'expérience immédiate ne garantit pas à elle seule l'exactitude de notre jugement.
→ Sensation ≠ vérité garantie
La rumeur
Une information répétée de nombreuses fois peut finir par sembler crédible sans que sa répétition constitue une preuve. La familiarité d'une affirmation ne suffit donc pas à établir sa vérité.
→ Répétition ≠ démonstration
Le diagnostic médical
Un médecin doit distinguer ce que le patient ressent, les hypothèses qu'il formule et ce que les examens permettent effectivement d'établir. L'exemple montre l'importance d'une méthode de vérification.
→ Hypothèse → examen → conclusion justifiée
Le témoignage
Un témoignage peut être sincère tout en étant inexact. La mémoire, l'attention et l'interprétation peuvent modifier le souvenir d'un événement. Il faut donc distinguer la bonne foi de la vérité du récit.
→ Sincérité ≠ exactitude
La démonstration mathématique
En mathématiques, une proposition n'est pas tenue pour vraie simplement parce qu'elle paraît évidente. Elle doit pouvoir être établie à partir de règles et de prémisses selon un raisonnement valide.
→ Conviction ≠ démonstration
La photographie et la réalité
Une photographie peut fournir une information sur un événement tout en sélectionnant un angle, un moment et un cadrage. Elle peut donc être un document utile sans constituer à elle seule une reproduction exhaustive du réel.
→ Trace du réel ≠ totalité du réel
Le mensonge politique
Mentir sur un événement ne consiste pas seulement à tromper une personne particulière. Lorsque des faits communs sont volontairement déformés, il devient plus difficile pour les citoyens de discuter rationnellement de ce qui s'est réellement produit.
→ Faits communs → discussion publique
La croyance rassurante
Une personne peut préférer croire qu'une situation va bien alors que plusieurs indices montrent le contraire. L'exemple permet d'introduire la difficulté soulevée par Nietzsche : voulons-nous toujours réellement savoir ce qui est vrai ?
→ Vérité difficile ≠ vérité inutile
Après chaque exemple, ajoute une phrase qui explicite sa fonction : « Cet exemple montre que… ». C'est cette phrase qui transforme une illustration en véritable argument philosophique.
Exemple faible → exemple philosophique
Une différence essentielle dans la dissertation
Exemple faible : « Les fake news montrent qu'il faut chercher la vérité. »
Pourquoi est-ce insuffisant ? L'exemple est seulement cité. On ne sait pas précisément ce qu'il démontre ni quel problème philosophique il permet d'éclairer.
Exemple travaillé : « Une information fausse peut être massivement relayée avant même d'avoir été vérifiée. Sa diffusion montre que le nombre de personnes qui croient une proposition ne constitue pas une preuve de sa vérité : il faut donc distinguer l'adhésion collective et la justification rationnelle d'une affirmation. »
La plupart des erreurs dans une dissertation viennent de notions que l'on confond. Maîtriser une distinction, ce n'est pas apprendre deux définitions : c'est comprendre pourquoi deux concepts ne doivent pas être identifiés.
Vérité / réalité
La réalité désigne ce qui est. La vérité qualifie notamment un jugement, une proposition ou une connaissance lorsqu'ils sont conformes à ce qui est effectivement le cas.
→ La réalité n'est pas une opinion ; une proposition peut être vraie ou fausse.
Vérité / certitude
La certitude concerne l'état de conviction du sujet. La vérité concerne la validité de ce qui est affirmé. On peut être certain et se tromper.
→ Conviction subjective ≠ vérité objective
Vérité / opinion
Une opinion est un jugement que l'on tient pour vrai, mais qui peut ne pas être suffisamment justifié. Une opinion peut être vraie sans être pour autant une connaissance solidement établie.
→ Avoir raison par hasard ≠ savoir pourquoi
Erreur / mensonge
L'erreur consiste à tenir pour vrai ce qui est faux sans intention nécessaire de tromper. Le mensonge implique au contraire une volonté de tromper en présentant comme vrai ce que l'on sait faux.
→ Se tromper ≠ tromper volontairement
Ignorance / erreur
Ignorer quelque chose signifie ne pas savoir. Se tromper signifie prendre pour vrai ce qui est faux. L'ignorance peut donc être moins dangereuse que l'erreur : celui qui sait qu'il ne sait pas peut encore chercher.
→ « Je ne sais pas » ≠ « je sais que… » à tort
Doute / relativisme
Douter d'une proposition signifie suspendre ou limiter son assentiment parce que sa justification est insuffisante. Dire que « chacun a sa vérité » est une thèse beaucoup plus forte : elle peut conduire à nier qu'une proposition puisse être objectivement vraie ou fausse.
→ Douter ≠ affirmer que tout se vaut
Vérité / utilité
Une proposition peut être utile sans être vraie, et une vérité peut être peu utile immédiatement. Il faut donc éviter de définir la vérité uniquement par les conséquences pratiques qu'elle produit.
→ Utile ≠ nécessairement vrai
Vérité / interprétation
Reconnaître qu'un fait peut recevoir plusieurs interprétations ne signifie pas que le fait lui-même cesse d'avoir une réalité. Plusieurs interprétations peuvent porter sur un même événement effectivement survenu.
→ Désaccord sur le sens ≠ absence de faits
Le piège du relativisme
Une distinction à savoir argumenter
Affirmation : « Chacun a sa vérité. »
Problème : certaines choses dépendent effectivement du point de vue ou du jugement personnel, mais cela ne signifie pas que toute proposition soit vraie simplement parce qu'une personne la croit vraie.
Distinction : il faut distinguer les préférences et les interprétations personnelles des propositions qui prétendent décrire un état de fait.
↑ Une distinction sert à éviter un faux problème.
« Puisque chacun pense différemment, personne ne peut avoir tort. »
Il existe des désaccords légitimes sur l'interprétation, les valeurs ou les goûts sans que cela supprime toute possibilité de vérité.
Avant de conclure qu'une vérité est « subjective », demande-toi : parle-t-on d'un goût, d'une interprétation, d'une valeur ou d'un fait ?
Une conviction intense ne constitue pas une preuve. Cette distinction permet de comprendre pourquoi la recherche de la vérité exige une justification et pas seulement une adhésion subjective.
→ Descartes
Douter n'est pas simplement ne rien savoir. Le doute peut être une démarche active permettant d'examiner les raisons de croire une proposition avant de l'accepter.
→ Doute méthodique
Reconnaître qu'une question dépasse les possibilités actuelles ou légitimes de notre connaissance ne revient pas à dire que toute connaissance est impossible.
→ Kant
Une illusion peut tromper quelqu'un sans qu'une personne ait volontairement cherché à le tromper. Le mensonge implique quant à lui une intention de tromper.
→ Erreur / intention
Le fait que plusieurs personnes ne soient pas d'accord ne prouve pas qu'il n'existe aucune vérité. Le désaccord peut au contraire être le point de départ d'une recherche commune.
→ Débat rationnel
Un événement peut être établi comme ayant eu lieu tout en donnant lieu à des interprétations différentes. Confondre ces deux niveaux conduit à relativiser abusivement les faits.
→ Arendt
La question « Faut-il toujours chercher la vérité ? » ne peut pas être résolue par un simple « oui ». Il faut distinguer la recherche du vrai, la possibilité de connaître, les limites de notre raison, la valeur que nous accordons à la vérité et son rôle dans la vie collective.
On passe maintenant de la compréhension du cours à son utilisation : construire une problématique, organiser une dissertation, mobiliser correctement les philosophes, travailler des sujets et vérifier ses connaissances avec une fiche de révision et un quiz interactif.